LuxembourgPourquoi les femmes doivent "rester vigilantes" sur leurs droits

Thomas Toussaint
Ce vendredi 8 mars marque la journée internationale des droits des femmes. Plusieurs événements sont prévus au Luxembourg, où la situation, sans être mauvaise, peut largement être améliorée.
© Miguel Bruna / Unsplash

En 2024, le Luxembourg est-il un modèle d'égalité des genres? "On avance, mais il y a encore de la marge." C'est la réponse proposée par Aldina Ganeto, présidente du CNFL, le Conseil national des femmes du Luxembourg.

À l'approche de la journée internationale des droits des femmes, ce vendredi 8 mars, elle dresse un constat en demi-teinte des avancées du Luxembourg.

📅 Ce qui est prévu au Luxembourg ce 8 mars

Oui, le pays est plutôt bien situé dans certains domaines. La contraception est intégralement remboursée, l'IVG n'est pas en danger, les deux parents ont un accès égal au congé parental et des améliorations sont planifiées pour ce dernier et pour le congé maternité. Le gouvernement a également promis l'interdiction des certificats de virginité. Politiquement parlant, et malgré un gouvernement non-paritaire, les partis doivent respecter un quota lors des élections législatives. Et depuis 2011, le règlement de la Famille grand-ducale permet à la première héritière de devenir Grande-Duchesse. Tout un symbole.

Mais le Luxembourg n'est pas encore exemplaire. Le CNFL, qui représente plusieurs associations, regrette un manque d'actions ces dernières années. "Malheureusement, ça n'a pas trop bougé" analyse la présidente. "Même si on a toujours l'impression que le Luxembourg n'a pas tellement besoin de de travailler sur ces sujets là."

Avec un nouveau gouvernement en fonction, il faudra un peu de temps pour que de nouvelles politiques en faveur de l'égalité entre les genres soient mises en œuvre. Une priorité pour le CNFL, qui reste plutôt optimiste. "Il y a un dialogue favorable donc je pense que c'est déjà très bon point de départ."

© CNFL

Salaire, logement... Ces freins aux droits des femmes

En 2023, le Luxembourg a, par exemple, fait un pas en avant en éliminant l'écart salarial entre les femmes et les hommes. Mais cette avancée est un peu l'arbre qui cache la forêt. L'écart salarial est effectivement favorable aux femmes... mais seulement sur une base horaire. Sur une année pleine, primes et autres avantages inclus, les hommes restent mieux payés. Sans oublier que ce "gender pay gap" calculé par Eurostat inclut seulement le salaire moyen, oubliant de comparer les salaires à travail égal. À très long terme, ces écarts de revenus se retrouvent... chez les retraitées, rappelle Gabrielle Antar, directrice politique du CBFL: leurs pensions sont inférieures d'environ 40% à celles des hommes. Difficile donc de se réjouir pleinement.

Outre les droits des femmes, les difficultés sociales qu'elles rencontrent sont une des priorités du CNFL. À l'heure actuelle, les femmes sont toujours moins susceptibles d'occuper un emploi à temps plein. Mais ont plus de chances d'interrompre leur carrière pour leur famille. En parallèle de rémunérations inférieures, les Luxembourgeoises sont emportées dans un vrai cercle vicieux.

© Paige Cody / Unsplash

Dans le domaine du logement, principale source d'angoisse des résidents, les mères de famille isolées paient le prix fort. "C'est souvent très difficile de trouver quand on a des enfants" assure Aldina Ganeto. "En tant qu'assistante sociale, je le vois régulièrement: on loue plus facilement à un couple ou à des personnes sans enfant." Dans ce cas, pourquoi ne pas "créer un accès prioritaire aux logements abordables?" questionne-t-elle.

Autant dire que dans ces conditions, l'abandon de la réforme de l'impôt par le précédent gouvernement a été une déception pour le CNFL. Et 2026, nouvel horizon pour cette réforme, semble bien loin pour les célibataires ou les parents isolés en galère dans la classe 1a. D'ici là, et hormis un allègement à partir de 2025, les couples resteront donc avantagés. Une véritable "injustice fiscale".

Féminicide, avortement, congé paternité... Des symboles qui doivent avancer

Combat de longue date du CNFL, l'inscription du féminicide dans le Code pénal a jusqu'ici été un échec. "Le problème, c'est que notre société a souvent peur de nommer les choses telles qu'elles devraient être nommées." En 2024, il est donc impossible au Luxembourg de dénombrer officiellement le nombre de femmes tuées "parce qu'elles sont des femmes". Sans oublier les violences du quotidien, qu'elles continuent de subir.

Le CNFL demande, en outre, une amélioration du congé de paternité. Aujourd'hui limité à dix jours, son allongement permettrait une plus grande implication du père après la naissance.

Pour le Conseil national des femmes, le moment serait également bien choisi pour imiter la France, premier pays à avoir inscrit l'IVG dans sa Constitution. Un droit relativement récent au Luxembourg: possible depuis 1978 en cas de situation de "détresse", l'avortement n'a été dépénalisé qu'en 2014. "Vu l'actualité, je pense que c'est vraiment souhaitable, parce qu'on voit que dans d'autres pays, ce n'est jamais acquis." Une référence au recul américain de 2022. "Mieux vaut prévenir que guérir."

Une méfiance qui conduit à un triste constat: en 2024, pas de relâchement possible pour les femmes. "C'est à nous de rester toujours vigilantes et de veiller à ce que les droits des femmes soient justement respectés." C'est "la raison pour laquelle le CNFL existe depuis presque 50 ans et pourquoi nous ne sommes pas près de disparaître" conclut Gabrielle Antar. "Il reste beaucoup à faire."

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