Décrochage scolaire forcéPourquoi des élèves doivent arrêter l'école au Luxembourg

RTL Infos
Durant l'année scolaire 2020/21, 1.771 élèves ont arrêté leurs études, la plupart étaient en formation professionnelle. Mais nombre d'entre eux n'ont pas quitté les bancs de l'école de leur plein gré.
Symbolfoto.
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© RTL-Archiv

Dans certains cas, ce sont des jeunes qui se retrouvent obligés de mettre un terme à leurs études parce qu'ils ne trouvent pas de place dans un lycée. Le nombre exact d'élèves concernés par ce sujet n'est pas clair. Mais d'après l'Union nationale des étudiant-e-s du Luxembourg (UNEL), cette situation est plus répandue qu'on pourrait le penser.

Un exemple parmi d'autres concerne le cas d'un jeune de 16 ans, qui après sa 5e est obligé de changer de lycée, parce que sa formation n'est plus proposée dans son ancienne école. La famille contacte cinq lycées différents, sans succès, et demande même de l'aide au ministère de l'Education qui oriente le concerné vers le Service National de Jeunesse. À la place d'entrer en 4e, comme la famille l'espérait, le jeune effectue en ce moment un stage via le SNJ pour éviter au moins d'avoir un trou dans son CV. La famille préfère ne pas témoigner publiquement, par crainte de conséquences négatives sur la suite du parcours scolaire de leur enfant.

La porte-parole de l'UNEL, Estelle Née, n'est pas étonnée. Eux aussi, sont souvent témoins de ce type de situations. Elle explique qu'il est très difficile de convaincre les jeunes de parler, parce qu'ils ont peur d'éventuelles répercussions.

"Un gros problème en ce moment au Luxembourg, est le fait que beaucoup d'élèves n'osent pas s'exprimer au sujet de l'injustice de ne pas pouvoir aller dans une école. C'est un droit fondamental de pouvoir aller à l'école."

L'UNEL parle aussi d'un "phénomène masqué". Les concernés sont surtout des jeunes de plus de 16 ans, qui ne sont donc plus sous obligation scolaire, mais aussi des jeunes qui aspirent à une formation précise.

Des formations "où sans doute aussi par choix politique peu de places sont proposées. Je pense d'emblée à la formation de mécanicien. Là aussi, les jeunes ont souvent du mal à trouver un patron, parce que le marché est tellement saturé. Et tous ces facteurs font que certains élèves doivent réaliser une pause prolongée dans leurs éducation."

Ce qu'il manque à l'UNEL pour ces cas, c'est un soutien concret et plus d'informations pour les concernés. Beaucoup de personnes ne savent tout simplement pas à qui s'adresser. Mis à part la Maison de l'Orientation, un autre service qui agit spécifiquement contre le décrochage scolaire est la Médiation scolaire.Mais eux non plus, ne sont pas encore assez conus du grand public, admet la médiatrice Lis de Pina elle-même.

"Je dirais que ces quatre dernières années, nous avons gagné en popularité, mais ce n'est malheureusement pas encore suffisant. C'est-à-dire qu'au niveau national, beaucoup de services et de parents ne savent pas que nous existons."

Même le ministère de l'Education ne renvoie pas systématiquement à la Médiation scolaire, alors même qu'ils relèvent directement du ministère. Les médiateurs, d'après leurs propres dires, peuvent trouver une solution dans plus de 90% des cas. 

"Nous voyons ici un droit à l'éducation. Et si un élève est motivé et veut aller à l'école, alors on s'implique vraiment à 300% pour trouver une école pour ce jeune. Que ce soit avec certains services du ministère ou ici en interne. Mais si un jeune veut aller à l'école, alors il doit pouvoir y aller". 

Question: "Et les autres jouent aussi le jeu?"

Lis de Pina: "La plupart oui. C'est pour ça qu'on est là". 

Des statistiques sur le nombre de jeunes en décrochage scolaire "forcé", Lis de Pina n'en a pas non plus. C'est pourquoi il lui manque une vue d'ensemble complète.

Par ailleurs, les statistiques du ministère de l'Education sont incomplètes. Seuls 17% ont donné une raison pour leur décrochage scolaire durant l'année scolaire 2020/21. Parmi eux, 1% d'élèves ont décroché parce qu'ils n'ont été acceptés dans aucune école. Ces chiffres sont donc loin de refléter l'entière réalité. Il est important aussi de souligner que, même s'il ne s'agissait que d'un élève, ce serait déjà un élève de trop qui ne pourrait poursuivre son cursus scolaire, uniquement parce qu'aucun établissement ne l'a accepté.

Ce sur quoi les deux acteurs s'accordent, c'est que la grande diversité du système scolaire luxembourgeois avec ses nombreuses formations différentes, ne facilite certainement pas le passage d'un établissement à l'autre.

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