
Au Luxembourg, il existe un certain nombre d'aides financières pour les personnes vivant dans la précarité. Cependant selon des estimations, seuls 60% des personnes éligibles à l'allocation vie chère la perçoivent et pour la subvention de loyer, c'est seulement 20%.
Il y a une série de raisons à cela, comme l'indique l’étude "Précarité et (non-)recours aux aides financières au Luxembourg" élaborée par le centre de recherche LISER et le Statec pour la Chambre des salariés.
Les chercheurs ont eux-mêmes interrogé un certain nombre de personnes qui étaient éligibles aux différentes aides publiques, mais qui ne les ont pas reçues. D’une part, les personnes concernées peuvent ne pas connaître ou ne pas comprendre l’une ou l’autre mesure.
D’autre part, il y a les difficultés liées au dépôt de la demande, comme les longs délais ou l’obligation de refaire la demande chaque année.
Dans certains cas, il ressort cependant aussi une relation difficile avec l'administration. Ou bien les demandeurs se sentent blessés par des réponses ou un refus. Anne Franziskus du Statec explique que tout le monde réagit différemment et il y a aussi "énormément" de collaborateurs qui ont une attitude positive envers les demandeurs, mais des "stéréotypes" sont souvent présents, même s'ils ne sont pas exprimés.
Les entretiens avec les personnes en situation précaire confirment que nombre d'entre elles éligibles à une aide sociale n'en font pas la demande parce qu'elles se sentent "stigmatisées". Parce qu'elles ont honte.

Les personnes qui craignent d'être considérées comme "pauvres", "paresseuses" ou "profiteuses" en souffrent émotionnellement encore plus ou en rendent d'autres responsables, comme les étrangers ou les chômeurs.
"C'est difficile", selon Anne Franziskus. Car il y a généralement des raisons pour lesquelles les gens se trouvent dans une situation précaire, avec en premier lieu un faible salaire et un logement cher ou une séparation familiale, une maladie.
Un autre problème réside dans les aides financières elles-mêmes, car elles sont souvent soumises à trop de conditions et excluent des personnes qui devraient effectivement en bénéficier.
Anne-Catherine Guio du Liser a ainsi cité les étudiants qui habitent encore chez leurs parents ou les communautés domestiques. Si plusieurs personnes vivent indépendamment les unes des autres sous un même toit, le revenu total sera souvent pris en compte et des bénéficiaires potentiels d'une aide en seront exclus.
Face à tous ces constats, Anne-Catherine Guio a énuméré plusieurs pistes pour que davantage de personnes éligibles puissent demander et recevoir une aide sociale. Selon elle aussi, les aides ne doivent pas être simplement supprimées à partir d'un certain revenu, mais doivent être dégressives, comme c'est déjà le cas pour des aides individuelles. Mais il faut surtout plus de cohérence entre les différentes mesures, notamment avec un guichet unique et un simulateur unique.
Le renouvellement des aides devrait être simplifié et certaines aides pourraient facilement être rendues automatiques. Et bien sûr, il faut également simplifier les procédures pour le personnel des administrations et appliquer une tolérance zéro à l'égard du traitement discriminatoire des demandeurs.