
En ce qui concerne le salaire minimum, les syndicats ont, sans surprise, un avis quelque peu différent de celui du patronat. Cela fait déjà un certain temps que tant l’OGBL que le LCGB réclament une augmentation de 10 %. La récente proposition du ministre du Travail, Marc Spautz, d’utiliser le revenu médian comme référence pour calculer le salaire minimum, va d’ailleurs dans la bonne direction, selon les syndicats.
Que le patronat soit critique à l’égard du salaire minimum n’a rien de nouveau, c’est pourquoi les syndicats ne sont pas particulièrement étonnés. Ils sont également habitués au ton parfois martial de la Fédération des artisans. Mais la revendication de supprimer le salaire minimum qualifié est, elle, inédite et totalement incompréhensible, selon eux.
Le président du LCGB, Patrick Dury, illustre cela avec son propre parcours :
“Je suis moi-même électricien. J’ai passé plusieurs diplômes, le premier était celui d’électricien et j’aurais été très déçu, en tant que jeune en apprentissage, en formation, de m’entendre dire qu’on veut supprimer le salaire minimum qualifié,” indique Patrick Dury. “Je pense que c’est un très mauvais signal pour les personnes qui veulent travailler dans l’artisanat, qui souhaitent apprendre un métier. Et je crois que, sur ce point, le patronat ne s’est vraiment pas rendu service.”
L’argument selon lequel la productivité stagne et qu’une augmentation du salaire minimum mettrait les entreprises sous pression, n’est accepté que de manière limitée, par Patrick Dury. “Nous entendons ce refrain depuis de nombreuses années. Malgré notre salaire minimum, malgré l’indexation et malgré tous ces - je ne veux pas dire avantages -mais ces dispositifs que nous avons au Luxembourg, y compris les conventions collectives, l’économie ne s’est pas mal portée, cela s’est bien passé pour l’économie. Le pays s’est bien développé, tant sur le plan social qu’économique. Il s’agit simplement de trouver des réponses adéquates aux questions qui se posent.”
Nora Back est du même avis. La présidente de l’OGBL affirme que le Luxembourg a besoin d’un salaire minimum fort, et donc automatiquement aussi d’un salaire minimum qualifié fort. La proposition de la Fédération des artisans visant à soutenir les salariés à bas revenus via des crédits d’impôt ne suscite pas non plus l’enthousiasme des syndicats.
“Ce que je ne peux pas supporter, c’est lorsqu’on dit qu’une personne ne doit pas pouvoir vivre de son salaire, que l’Etat doit désormais prendre le salaire en charge”, souligne Nora Back. “Ce n’est pas le sens des choses. Nous défendons l’idée que travailler doit être rentable et qu’un emploi doit permettre de boucler ses fins de mois sans vivre au niveau du seuil de pauvreté. C’est à cela que sert le salaire. Et les personnes qui travaillent au salaire minimum valent bien plus que le montant actuel de ce salaire au Luxembourg.”
La récente proposition du ministre du Travail Marc Spautz de prendre le revenu médian comme valeur de référence pour le calcul du salaire minimum est en revanche globalement bien accueillie. “60 % du salaire médian correspondent effectivement à un peu plus que les 10 % d’augmentation que nous, syndicats, avions réclamés pour le salaire minimum. Ce ne serait pas encore suffisant, mais ce serait une augmentation structurelle sérieuse, aujourd’hui plus que nécessaire”, explique encore Nora Back. Concrètement, cela représenterait environ 300 euros de plus par mois pour le salaire minimum non qualifié.
Selon le président du LCGB, il faudrait maintenant discuter de ces sujets avec le ministre du Travail, Marc Spautz. La prochaine rencontre entre le ministre et les partenaires sociaux devrait avoir lieu le 25 mars. On ne sait toutefois pas encore si les représentants du patronat, des syndicats et du gouvernement seront tous réunis autour d’une même table à ce moment-là, ni si le salaire minimum sera déjà inscrit à l’ordre du jour. Marc Spautz souhaite d’abord en discuter au conseil de gouvernement.