
Le don de sang, un geste noble, mais encore trop limité pour certaines personnes au Luxembourg. Après la levée de certaines limitations en France, en Belgique ou plus récemment en Allemagne, que fait le Luxembourg?
Sans pour autant stigmatiser une orientation sexuelle en particulier, la Croix-Rouge explique que des facteurs individuels empêchent certaines personnes de donner leur sang, par exemple en cas d'insuffisance en fer. Ces donneurs peuvent néanmoins faire don de leur plasma sanguin. Il en est de même pour certains candidats, comme par exemple les hommes ayant eu des relations sexuelles avec un autre homme ou les femmes ayant eu des relations sexuelles avec un homme ayant eu des relations sexuelles avec un homme les 12 mois précédant le don.
Sollicitée par nos soins, la Croix-Rouge luxembourgeoise a tenu à souligner que "la sexualité des donneurs ne les intéressait pas, les homosexuels ne posent pas de problème en soi", mais c'est bien un comportement "à risque" qui est pris en considération afin d'éviter tout danger pour le receveur. Les critères ont d'ailleurs évolué en 2021 afin de déterminer le taux de risque en fonction du comportement du donneur. Une abstinence de 12 mois selon ces critères est demandée au Luxembourg. Une exclusion définitive est par ailleurs ordonnée pour les personnes ayant vécu au Royaume-Uni pendant la crise de "la vache folle".
En mars 2022, le don du sang a été ouvert sans conditions aux homosexuels en France. Le gouvernement a décidé d'abandonner toute référence dans les critères de don à l'orientation sexuelle pour mettre fin à une "discrimination", avait annoncé en janvier de l'année passée le ministère de la Santé. D'autres critères ont cependant été ajoutés à la liste afin, à nouveau, de proposer une protection maximale du receveur.
Pour le directeur général de la Croix-Rouge luxembourgeoise, "les statistiques montrent bien que les HSM (les hommes qui ont des rapports sexuels avec d'autres hommes, NDLR) contribuent à la moitié des infections du VIH au Luxembourg, le risque est donc plus élevé chez ces personnes", explique Michel Simonis.
La ministre de la Santé est d'avis que l'orientation sexuelle du donneur ne doit plus être prise en considération: "ce qui est problématique, c'est le comportement sexuel à risque, et surtout le multi-partenariat. Le Luxembourg est injuste face à une communauté en particulier sans pour autant nommer les raisons, il faudrait des statistiques plus détaillées", regrette Paulette Lenert.
"La Croix-Rouge ne fait pas dans la discrimination, notamment à travers ses activités dans le domaine du VIH, mais il faut que nous puissions donner un sang parfait, compatible et non-contaminé à une personne hospitalisée qui en a besoin pour survivre", souligne Michel Simonis.
Un donneur de sang, homme ou femme, doit indiquer s'il a vécu un changement de partenaire durant les 4 derniers mois. Si le donneur répond par oui, il ne pourra pas faire de don dans l'immédiat. Même si le sang est analysé, nettoyé et si le comportement du donneur est bien cerné, un risque infime de transmission d'une infection subsiste toujours, même s'il est minimal. Une situation que le Luxembourg n'a pas encore connue, à l'inverse des pays voisins, et pas seulement en matière de VIH, mais également d'autres maladies infectieuses, peut-être encore inconnues.
"Ce risque pourrait légèrement augmenter en cas de changement de disposition, mais il resterait très petit. C'est un choix sociétal, et en cas de contamination du receveur, la Croix-Rouge ne pourra être tenue responsable", insiste Michel Simonis qui est d'avis que la société devra endosser la responsabilité du risque encouru.
Des discussions sont en cours avec le ministère d'État afin de trouver une solution, la ministre de la Santé souhaite toutefois se débarrasser de ces discriminations encore avant la fin de cette législature.