
Le quotidien le plus lu au Luxembourg célèbre son 175e anniversaire et, comme à l'époque, il s'agit pour Roland Arens de faire du "bon journalisme".
Dans la première édition du Lëtzebuerger Wort, datée du 23 mars 1848, le premier article était une déclaration du gouvernement: le Roi et Grand-Duc Guillaume II venait de décréter la liberté de la presse. Et aujourd'hui, la presse est-elle libre? Le marché étant réduit au Luxembourg, l'Etat soutient financièrement la plupart des médias. Cela ne signifie évidemment pas que le gouvernement dit ce que la presse doit ou ne doit pas écrire ou dire. "C'est évident", selon Roland Arens. Cependant les journalistes et les médias devraient toujours se remettre eux-mêmes en question, corriger ce qui est faux ou ce qui l'était. Ou encore traiter des choses nouvelles, comme ce qui s'est passé pendant la pandémie de Covid-19, par exemple. L'invité de la rédaction a cité le journaliste américain Carl Bernstein, qui a dit: il faut essayer de trouver "la meilleure version accessible de la vérité".
Le Wort est-il libre, alors qu'il a traditionnellement eu une grande proximité avec le CSV? En 2017, le prédécesseur de Roland Arens, Jean-Lou Siweck, avait été forcé de partir, parce que, selon le conseil d'administration du groupe Saint-Paul et particulièrement son président, Luc Frieden, le journal aurait été trop critique vis-à-vis du CSV, mais aussi de l'Evêché et de la place financière. A ce propos, le rédacteur en chef actuel a affirmé que le Wort avait toujours la ligne éditoriale écrite par Jean-Lou Siweck en 2015 et qui prévoit une distance par rapport aux partis politiques. Il a aussi souligné que le nouvel actionnaire, Mediahuis, qui a repris le groupe Saint Paul en 2020, accordait une grande valeur au journalisme "indépendant".
La reprise de Saint-Paul par Mediahuis montre que l'histoire plus récente du Wort a été marquée par des restructurations. Après un certain nombre de plans sociaux au cours des dernières décennies, il y a eu de nouveaux licenciements avec le nouvel actionnaire. Ce ne serait pas agréable, selon Roland Arens, qui a regretté d'avoir perdu de nombreux collègues et de la "substance journalistique". Il s'est toutefois réjoui de nouvelles embauches, dont celles de jeunes, qui auraient la "mentalité" de la transformation numérique. Mais qui sont aussi moins payés: "Oui, il est très clair que nous avons dû économiser de l'argent", a indiqué Roland Arens, qui considère qu'aujourd'hui, l'entreprise "va bien".