
En 2022, 449 repas étaient distribués par jour, contre 720 l'an dernier. "En 2023, l'ASBL a distribué un total de 198.000 repas. Par rapport à 2014, il s'agit d'une progression de 191%", donc près de trois fois plus qu'il y a 10 ans.
La semaine dernière, on a pu voir Alexandra Oxacelay dans le reportage d'ARTE "Arm im reichsten Land Europas", "Pauvre dans le pays le plus riche d'Europe". Elle a reçu de nombreux retours à ce sujet et se réjouit que le problème soit rendu public. Le reportage montre aussi des gens qui dorment dans des tentes au Kirchberg. Ce phénomène n'est au fond pas nouveau, selon la directrice de l'ASBL. "Ce qui est nouveau", souligne-t-elle, "c'est qu'on trouve à présent ces gens en plein centre-ville." Elle en est elle-même étonnée. Ce qu’elle aimerait en fait montrer davantage, ce sont les fameuses "Cafészëmmeren" (chambres meublées), où les gens dorment "dans des conditions indignes": dans une seule pièce sans cuisine et à des prix exorbitants. En fait, "la pauvreté s'est considérablement accrue depuis 2022." Après la pandémie, les choses se sont compliquées pour des gens pour qui cela allait encore bien avant. Alors forcément, pour les gens pour lesquels cela allait déjà mal avant, c'est allé encore plus mal après la crise, explique Alexandra Oxacelay.

A propos de l'interdiction de la mendicité dans la capitale, la directrice de la "Stëmm vun der Strooss" souligne que l'interdiction ne va pas résoudre le problème. Les mendiants vont aller ailleurs, notamment dans les communes voisines. "Nous les trouvons à nouveau aux stations-services, nous les trouvons à nouveau dans les zones industrielles, dans les supermarchés. […] Quelle alternative ont-ils?"
Il y a un manque de structures qui ouvrent 24 heures sur 24 et le week-end. "La Ville de Luxembourg fait déjà beaucoup", mais ce n'est pas suffisant. "D'autres communes doivent aussi prendre leurs responsabilités", dans le sud et le nord du pays, selon Alexandra Oxacelay.
Dans le débat public, l'amalgame est souvent fait entre la mendicité et le "sans-abrisme". Ce n'est cependant pas la même chose, selon la directrice de l'ASBL "Ce n'est pas parce que vous êtes sans-abri que vous allez automatiquement mendier".
Le gouvernement actuel a inscrit la lutte contre la pauvreté parmi ses priorités. Des responsables politiques viennent effectivement se rendre compte sur le terrain et recherchent la discussion. Mais cela doit à présent se montrer concrètement dans le budget. L'ASBL a en effet besoin d'une aide financière "pour engager plus de personnel et pour développer ses infrastructures." Elle n'est pas encore prête à engager des bénévoles. Toutefois, une structure sera mise en place en mai, où des bénévoles pourront intervenir dans la banque alimentaire, selon la directrice de l'ASBL "Stëmm vun der Strooss".