
"Je voulais symboliquement acheter un livre dès que possible", lance Monique, une des premières clientes de la librairie Ernster du centre-ville. "C'était un oubli grave de nous avoir privé de livres, de culture, même si je pense que la crise a été bien gérée en général".
"Les commerçants prennent les précautions qu'il faut, aux clients de faire pareil et de faire notre part", estime Michele, content "de pouvoir à nouveau aller dans les magasins librement."
En ce lundi matin de premier jour de déconfinement, les rues commerçantes de la capitale ne sont pas prises d'assaut. Il faut dire que le vent et les températures en baisse n'incitent pas à la flânerie et que beaucoup de commerces ont conservé leur jour de fermeture du lundi.
Plusieurs vitrines affichent des messages de bienvenue, on a une impression de rentrée des classes et d'un réveil après des vacances, certes forcées. On voit partout les affichettes envoyées par le gouvernement précisant les règles de distanciation et d'hygiène.
"On a instauré des marquages au pour indiquer les distances à respecter, un distributeur de gel hydroalcoolique, des cotons pour éviter de toucher la machine en faisant son code", détaille Esada à la boutique de chaussures Mano derrière sa protection en Plexiglas. "On dépose les boites de chaussures, puis les clients essayent seuls. Il va falloir prendre l'habitude de ne pas pouvoir les aider."
"Après essayage, tous les vêtements sont passés à la vapeurs puis restent quelques heures en quarantaine", ajoute Léa à la boutique The Kooples qui n'a accueilli "que deux clients ce matin".
Pit et Véro Wanderscheid, dans la boutique de produits de bouche qui porte leur nom, ont renoncé aux dégustations qui ont fait leur réputation et ont profité du confinement pour développer l'offre de corbeilles en livraison . "On a installé des coussins dehors si les gens doivent patienter avant d'entrer..."
Partout, les commerçants sont masqués. "Il faut redonner confiance aux clients pour qu'ils reviennent et soutiennent les commerces locaux plutôt que d'acheter en ligne", estime Guill Kaempff, président de l'Union commerciale de la Ville de Luxembourg. S'il ne note "aucune faillite pour l'instant", il regrette cependant que "plusieurs magasins, surtout ceux appartenant à de grandes chaînes, ont résilié leur bail".
"Le commerce en ville était déjà fragilisé par les chantiers, il va nous falloir de l'aide si on veut éviter les fermetures en cascades", pointe-t-il.
Même son de cloche chez Fernand Ernster, président de la Confédération luxembourgeoise du commerce. "Plusieurs communes ont fait des gestes sur les loyers commerciaux, mais pas l'État et peu de propriétaires privés, y compris en centre commercial", observe-t-il. À la tête des librairies familiales, il sait qu'il va devoir "remettre en question certains points de vente" et que "si chacun n'y met pas un peu du sien, notamment sur les loyers, il va y avoir des fermetures."
Il reste pourtant optimiste: "cette période nous a permis de nous tester, d'améliorer des aspects de notre logistique, de chercher de nouvelles manières de faire notre métier." Il estime aussi que le public a pu "se rendre compte de l'importance des commerce physiques et du lien social qu'ils représentent".