Elle a quitté l'ÉtatMarianne, la frondeuse, veut "créer 100 emplois pour les réfugiés"

Maurice Fick
Au lieu de trouver "des solutions à la misère" des réfugiés et des migrants, le gouvernement Frieden se montre "inhumain" à ses yeux. Pour protester contre cette politique, Marianne Donven a démissionné de la Fonction publique pour proposer une solution concrète.
Marianne, la frondeuse, veut "créer 100 emplois pour les réfugiés"
Pour protester contre la politique "inhumaine" du gouvernement, Marianne Donven a démissionné de la Fonction publique pour proposer une solution concrète.

Elle sait bien qu'elle gagne aujourd'hui "certainement moins qu'au ministère", mais Marianne Donven, 58 ans, "ne voit pas les choses comme ça". Elle "ne regrette pas" d'avoir démissionné la semaine passée de son poste d'employée de l'État au ministère des Affaires étrangères et en même temps du Conseil supérieur de la sécurité civile. Moralement elle "ne pouvait plus être associée de près ou de loin aux actions" du gouvernement CSV-DP, mené par Luc Frieden.

"Chapeau Madame", "Respect pour votre honnêteté et votre courage !", "Bravo". En postant ses deux lettres de démission sur Facebook, elle "ne pensait pas qu'autant de gens allaient réagir". Elle se sent "encouragée" par tous les messages de soutien, "comprise" surtout dans sa démarche, et s'amuse même d'avoir eu des propositions d'emploi.

Il faut toujours garder à l'esprit que ce sont des femmes, des hommes, des enfants qu'on ne peut pas faire n'importe quoi

Si les messages de la Commission consultative des droits de l'Homme, de nombreuses associations et de personnalités lui font chaud au cœur, elle se dit confortée dans sa décision en apprenant qu'"il y avait encore beaucoup d'autres situations très compliquées" au Luxembourg. Plus complexes que celle cette mère seule avec un bébé de 10 mois et un enfant de 5 ans qui a été renvoyée la semaine dernière d'une structure de l'Office national de l’accueil (ONA) dépendant du ministère de la Famille.

© Maurice Fick / RTL

La limite de l'acceptable "dépassée"

"C'était clair" à ses yeux que "le nouveau gouvernement allait être plus stricte", mais Marianne Donven, qui s'engage depuis plus d'une dizaine d'années pour trouver des espaces d'échanges, des toits et des jobs aux demandeurs d'asile, estime qu'il a "dépassé une certaine limite qui n'est pas acceptable".

À travers sa démission, elle veut protester contre la politique du gouvernement de traiter réfugiés et migrants "de manière inhumaine". Surtout "contre le fait de mettre des familles, des mamans seules, des enfants en bas âge et mêmes des bébés à la rue en plein hiver" au Luxembourg". Elle laisse un silence et lance: "Je ne peux pas l'accepter".

"Il faut toujours garder à l'esprit que ce sont des femmes, des hommes, des enfants qu'on ne peut pas faire n'importe quoi", pose Marianne qui travaille quotidiennement avec des migrants, entend leurs difficultés, mais sent aussi leur détermination au travail pour se faire une petite place au soleil. "Les expulser du foyer pendant qu'ils sont en train de faire un apprentissage ou encore à l'école. Tout cela se prépare, y compris psychologiquement. On ne peut pas mettre dehors des gens qui ont déjà vécu beaucoup de moments difficiles dans leur vie et les remettre dans une détresse insupportable".

© Maurice Fick / RTL

Le problème récurrent, c'est la pression sur le marché du logement. Elle reconnaît volontiers que les personnes bénéficiaires de protection internationale "n'ont effectivement plus leur place dans un foyer pour demandeurs de protection internationale. En théorie ils pourraient quitter, parce qu'ils travaillent ou parce qu'ils ont droit au revenu d'inclusion sociale (Revis), mais ils ne trouvent pas de logement" parce qu'ils ne sont généralement "pas invités" à faire des visites. "Mais on les met à la rue", résume-t-elle. Marianne Donven met le doigt sur "l'énorme retard" dans la construction des logements sociaux au Luxembourg.

Créer 100 emplois

La démission de la frondeuse n'est pas une surprise complète. Marianne Donven était bien en charge de l'aide humanitaire à la Direction de la coopération, au développement et de l'action humanitaire au ministère des affaires étrangères durant 11 ans, avant de devoir bifurquer, après une période de congés sans solde, vers les affaires culturelles et internationales, mais elle a tracé son sillon solidaire depuis des années.

C'était l'âme du "Hariko" - projet d'inclusion par l'art créé à Bonnevoie -, la cofondatrice de "Oppent Haus" - initiative permettant aux Luxembourgeois d'accueillir des réfugiés sous leur toit - mais aussi la cofondatrice de "Chiche!" Le premier restaurant syro-libanais avait ouvert ses portes en 2017 à Hollerich.

© Maurice Fick / RTL

L'objectif du projet Chiche! c'est de permettre à ceux qui bénéficient de la protection internationale "de se construire un avenir au Luxembourg alors que ce n'est pas facile de trouver un emploi si on ne maîtrise pas les langues. Ça permet de payer un loyer, de subvenir aux besoins des enfants. Et pour les employés qui n'ont pas eu la chance d'obtenir l'asile et qui ont été régularisés par la suite, c'est de pouvoir rester au Luxembourg grâce au travail", résume Marianne Donven.

Le projet a essaimé et compte aujourd'hui six restaurants dans le pays dont le sixième a ouvert à Ettelbruck mardi. Et ce n'est pas fini, car Marianne va "se consacrer à 100% aux restaurants Chiche! Je vais peut-être encore pouvoir en ouvrir. Mon objectif c'est de créer 100 emplois. Je ne suis qu'à 72 donc j'ai encore du travail", sourit-elle.

Ce qui la motive ce sont ces "histoires absolument incroyables". Comme celle de ce Pakistanais victime de traite humaine qui a obtenu son BTS en logistique mention "excellent" Ou celle d'Ousmane qui est devenu mécanicien. Mais il y a aussi "plein de gens qui ont obtenu les papiers grâce au Chiche! avant de reprendre le chemin de l'école et de la formation et qui vont faire leur vie au Luxembourg".

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