Selon des études de l'universitéLes Luxembourgeois matérialistes et peu politisés

François Aulner
Selon trois études publiées par l'université du Luxembourg, beaucoup de Luxembourgeois recherchent un confort personnel à court terme et délaissent la politique ou le vivre-ensemble.
© RTL-Archiv

Le Luxembourg d'aujourd'hui est une société d'abondance économique. C'est une bonne chose, mais, les habitants ont tendance à ne se préoccuper que de leur propre bien-être.

C'est, en résumé, ce qui ressort de trois études présentées par le professeur universitaire Philippe Poirier vendredi à la Chambre des députés. Le professeur a expliqué au micro de RTL que cette "nouvelle direction des valeurs" de la société est une des raisons pour la défaite du CSV, y compris dans ses fiefs historiques, et la victoire du DP et des Verts aux dernières élections législatives et européennes.

"On assiste à un réalignement des valeurs qui touche tous les partis. Il y a une part de l'électorat qui flotte et qui change de parti aux différentes élections", explique Philippe Poirier qui souligne que 40% des électeurs se décident dans les derniers jours qui précèdent l'élection.

Lors de plusieurs forums citoyens, les responsables des études ont réalisé que la majorité des Luxembourgeois étaient matérialistes et qu'ils ne se souciaient que très peu de la politique. "Nous sommes dans une société d'abondance économique et les électeurs sont attachés à la croissance et à la compétitivité qui permettent le niveau des retraites, le pouvoir d'achat, le système de santé."

Les Luxembourgeois, attachés au libéralisme en économie, se montrent conservateurs pour ce qui touche à leur qualité de vie, leur confort, leur environnement immédiat. Les électeurs chercheraient plutôt le confort à court terme, autour d'eux, pour eux, mais n'auraient pas de préoccupation pour une écologie sociale. "Ces positions expliquent le succès des libéraux ou des Verts", croit savoir le politologue.

Interview de Philippe Poirier

Il constate aussi que les électeurs sont très attachés à l'Europe et à la zone euro, mais se disent préoccupés par les questions d'immigration. "C'est un paradoxe au Luxembourg qui a d'un côté, une économie ouverte qui a besoin de main d'oeuvre étrangère, mais qui, culturellement, s'inquiète de l'ouverture."

Selon le professeur, l'individualisation grandissante pose un problème à la politique, mais également pour les syndicats, l’Église ou les mouvements philosophiques. Les autorités peinent à prendre des mesures censées viser l'intérêt général alors que les intérêts deviennent de plus en plus individuels. Les personnes s'éloignent des questions politiques parce qu'elles se focalisent sur elles-mêmes. "L'action des politiques est rendue difficile par la défense des intérêts individuels".

En fait, chaque Luxembourgeois devrait se demander vers où les différentes parties de la société luxembourgeoise devrait se diriger ces 20 prochaines années, selon Philippe Poirier. Mais ce ne sera pas le cas, puisque la croissance économique rend toute conception du futur quasi-impossible.  "On vit dans un court-termisme qui empêche de penser à l'avenir"

Il conclut avec une question: "C'est curieux non?"

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