Travailler aux institutions européennes, ça ne fait plus rêver les Luxembourgeois, les résidents et même les étrangers. L’équation jadis favorable au recrutement — bonne rémunération, stabilité économique, avantages sociaux— a été ébranlée par l’augmentation du coût de la vie et des logements. À tel point que la Commission, le Parlement et la Cour de Justice peinent aujourd'hui à trouver des candidats pour les postes à pourvoir au Grand-Duché.
Un problème qui ne date pas d'hier mais qui vient tout juste d'être reconnu par les institutions. En effet, une allocation logement a été adoptée l'été dernier au Parlement européen. Une aide destinée aux fonctionnaires travaillant au Luxembourg. Mais il s'agit "d'une mesure sociale" rappelle en interview Anne Calteux, représentante de la Commission européenne au Luxembourg. Tout le monde n'y a pas droit.
En effet, elle vise exclusivement les salaires moins élevés. L'allocation "peut aller de 300 à 500 euros par mois", explique l'eurodéputée Tilly Metz. Et si elle apporte une aide précieuse à certains fonctionnaires, elle ne règle pas le problème de fond: le coût de la vie qui ne cesse d'augmenter au Luxembourg. Il serait, aux dernières nouvelles, 25% plus élevé qu'à Bruxelles. "Autant dire que le calcul est vite fait" pour les fonctionnaires à la recherche d'une affectation, note M. Metz.
À ses yeux, les institutions auraient mieux fait de s'attaquer à la racine du problème: le niveau de rémunération des fonctionnaires européens au Luxembourg. Tilly Metz affirme qu'il n'est pas en adéquation avec le coût de la vie au Grand-Duché. Et si l'eurodéputée accueille très favorablement l'allocation logement, ("c'est une reconnaissance de la problématique") celle-ci ne suffit pas à rendre son attractivité au site luxembourgeois.
En témoignent les difficultés que rencontrent les institutions pour trouver des candidats à des postes mieux rémunérés. Car les "cadres" font également leurs calculs lorsqu'ils envisagent une affectation. Et ce calcul est souvent favorable à Bruxelles. "Il nous faut un coefficient correcteur spécifique au Luxembourg", martèle l'eurodéputée luxembourgeoise. Le fait qu'il n'existe pas relève de "l'injustice" d'après elle.
Mais cette solution ne met pas tout le monde d'accord. Les syndicats craignent notamment qu'un débat au sujet des rémunérations au Luxembourg ne déclenche des négociations plus globales autour des salaires des fonctionnaires européens. En effet, la dernière fois que ce genre de discussions avaient été menées, les salaires d'entrée et les pensions avaient été victimes de coupes budgétaires (2004 et 2014).
En attendant, l'attractivité du pays semble avoir pris un sérieux coup. Le Luxembourg serait devenu la destination "mal-aimée" des fonctionnaires européens. En France comme en Belgique, ils éviteraient "comme la peste" les affectations au Grand-Duché, nous indiquent des sources concordantes à l'étranger. Et comment leur en vouloir quand on sait ce que coûte la vie et le casse-tête que représente le logement au Luxembourg?