Meurtre en 2022 à BonnevoieLes échanges de SMS montrent "que le délire devenait de plus en plus gros"

Anne Wolff
Un procès pour meurtre est en cours au tribunal de Luxembourg suite à la découverte d'une femme de 32 ans sans vie dans un logement de Bonnevoie en décembre 2022. Mardi au cours de l'audience, il est apparu clairement que l'accusé s'était déjà fait remarquer à l'étranger dans les années précédant les faits.

Ainsi en 2017, l’accusé est suspecté d’avoir déjà, dans un délire religieux, attaqué des personnes avec une griffe métallique en Italie. Ces faits n’ont pas connu d’autres suites, car l’homme a été expulsé d’Italie et envoyé au Luxembourg, car les autorités italiennes avaient établi des liens avec le Grand-Duché.

Les conversations par SMS donnent un aperçu des pensées qui étaient celles de l’accusé avant le crime. Avec son amie, une femme qui vit en Colombie, il s’était déjà entretenu début décembre des prétendus démons qui vivaient avec lui dans l’appartement. “Lorsque vous les parcourez toutes, vous voyez que le délire devenait de plus en plus gros”, indique le commissaire à propos des conversations. Ainsi, le jour précédent, l’accusé avait parlé d’un combat auquel il devait se préparer. C’est pourquoi il avait dû se confesser et se procurer de l’eau bénite et des cierges.

Pendant qu’il commettait son forfait, l’accusé avait tenu son amie au courant par SMS. Le 22 décembre, il lui avait écrit : “J’ai tué Lucifer”. Plus tard, il lui avait écrit qu’il avait décapité Lucifer. Le rôle de l’amie a été considéré d’un oeil critique devant le tribunal, car elle aurait plutôt encouragé l’accusé.

L’homme avait expliqué devant les policiers qu’il avait dû démembrer le corps pour détruire les démons. Il avait aussi déclaré qu’en fait le principal démon était l’ami de la jeune femme, l’un de ses colocataires. Le matin, quand il était entré dans la chambre de ce dernier, il avait vu qu’il était déjà parti et qu’il y avait seulement sa compagne. Cela lui avait été égal, car c’étaient tous les deux des démons.

Responsable de ses actes ou pas?

Une agent de la police scientifique et un toxicologue ont également témoigné mardi. Il s’agissait ici de savoir quelle quantité d’antipsychotiques pouvait encore être trouvée dans le sang de l’accusé. Celui-ci avait déclaré à la police avoir arrêté de prendre ses comprimés de son propre chef. Par ailleurs, l’homme avait régulièrement reçu un autre médicament par injection, la dernière fois le 13 décembre 2022. Il avait respecté ce rendez-vous. Dans son rapport, le toxicologue a également identifié l’antipsychotique présent dans l’injection, ainsi qu’un médicament qui ne lui avait pas été prescrit. Pour identifier ce médicament spécifique, il aurait fallu demander des tests supplémentaires, de sorte que les déclarations de l’accusé ne peuvent être ni prouvées ni réfutées.

Pour l’avocat des parents et de la soeur de la victime, la question de la responsabilité pénale de l’accusé se pose. Il est certes évident que l’homme est malade. Mais il avait arrêté de prendre ses médicaments, en sachant qu’il était malade, selon Maître Frank Rollinger. Il doute donc que l’article 71, qui impliquerait que l’accusé n’était pas pénalement responsable de ses actes au moment des faits à cause de sa maladie, puisse s’appliquer dans ce cas. La question de l’encadrement des patients souffrant de troubles mentaux présentant des symptômes aussi graves, lorsqu’ils sortent de psychiatrie ou d’autres établissements, se pose également.

Le patient voyait son psychiatre tous les quatre mois et il recevait une injection toutes les deux semaines. Les parties civiles critiquent le fait que dans ce cas, il n’y ait pas de contrôle pour vérifier si les patients prennent également leurs médicaments à la maison.

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