Une première au LuxembourgLes 4.500 salariés de la restauration collective enfin au même régime

Maurice Fick
Augmentation de salaire, repas gratuit dès l'embauche, jour de congé supplémentaire... tous les salariés des cantines au Luxembourg bénéficieront dès ce 1er mai, d'une convention collective sectorielle... mais pas d'un 13e mois.
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"Des efforts ont été fait de chaque côté. C'était unique. J'en ai pleuré", confie Semia M'hadhbi de l'OGBL. La présidente de la délégation du personnel chez Sodexo, le plus gros employeur du secteur au Luxembourg, se souviendra pour longtemps du moment de la signature "de la première convention collective sectorielle dans la restauration collective", actée vendredi entre la FEDIL Catering présidée par Julien Demoulin (et CEO de Sodexo Luxembourg) et les syndicats OGBL et LCGB.

Son émotion s'explique car Semia a mené bataille sous le pluie et sous la neige "avec le cœur et pour ses collègues", mais surtout par l'incroyable longueur du combat face à un patronat resté longtemps sourd aux revendications. Cette signature est le fruit de "20 ans d'attente, trois ans de manif et d'une première lettre envoyée en mai 2021... il y a vraiment longtemps!", rappelle Chrystelle Brassinne, secrétaire centrale adjointe du syndicat Commerces à l'OGBL.

Cette fois, les 4.500 salariés qui font tourner les restaurants d'entreprises, des institutions européennes, de l'État luxembourgeois, les cantines des écoles, crèches, hôpitaux, maisons de retraite, etc., peuvent garder leur sourire... après leur boulot. Ils ne bénéficieront pas du 13e mois tant réclamé par les syndicats, mais d'une convention collective qui acte des augmentations salariales dès le 1er janvier 2025.

Un salaire social minimum "plus élevé que le reste du pays"

Tous les salariés touchant un salaire mensuel brut entre le salaire social minimum non qualifiés (2.570 euros) et le salaire social minimum qualifiés (3.085 euros) verront leur salaire augmenter de0,8% par mois, puis encore de 0,7% par mois à partir du 1er janvier 2026. La très grande majorité des salariés (entre 80% et 90%) du secteur sont concernés.

Et "après 2026, les salariés du secteur continueront à toucher un salaire social minimum de 1,5% plus élevé que le reste du pays. Y compris les nouveaux engagés. C'est une très bonne nouvelle pour le secteur", estime Chrystelle Brassinne, qui renforce ainsi son attractivité.

Quant au 13e mois "on y reviendra dans trois ans", promet Semia M'hadhbi, sous-entendu lorsque la nouvelle convention collective de travail sectorielle prendra fin. Elle prévoit même que les négociations pourront démarrer un an auparavant. La syndicaliste estime que le document signé est juste "un très bon début" pour construire de meilleures conditions de travail pour les salariés.

Les autres avantages

La première convention collective sectorielle fera enfin augmenter le salaire de nombre d'employés qui, parfois pendant bien plus de dix ans, n'ont jamais vu évoluer autrement leur salaire que par l'indexation automatique, mais acte surtout des revendications de longue date.

Toujours côté reconnaissance financière, les salariés toucheront désormais une majoration de 70% pour travail du dimanche et de 100% pour leur travail durant les jours fériés.

Ils auront aussi droit à un repas gratuit dès l’entrée en service. Chez Sodexo par exemple, un salarié devait jusqu'ici avoir cinq ans d'ancienneté pour pouvoir manger ce qu'il cuisinait ou servait aux clients. Ce qui n'est pas le cas chez ses concurrents.

Ceux qui travaillent depuis plus de dix ans dans le secteur auront même droit à un jour de congé supplémentaire par an.

Et en cas de transfert de contrats de travail des salariés, ce qui arrive régulièrement dans une secteur qui fonctionne avec des appels d'offres, les règles seront plus "claires" promet la convention. Cela signifie que le salarié pourra choisir entre garder les avantages de son ancien contrat ou opter pour ceux proposés par son nouveau patron.

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