Surtout celui des résidentsL'emploi serait plus menacé par l'IA au Luxembourg

Christophe Wantz
L'intelligence artificielle ne détruit pas encore massivement des emplois, mais elle pourrait avoir des effets dévastateurs dans certaines professions. Et le Luxembourg pourrait être plus touché que d'autres pays en Europe selon une étude. Explications.
© Envato

Le grand bouleversement du marché du travail n’a pas encore eu lieu au Luxembourg, mais certains signaux sont inquiétants.

Dans une étude d’impact de l’IA au Grand-Duché, le Statec note que “le marché du travail luxembourgeois serait largement exposé à l’intelligence artificielle. Plus de 90% des travailleurs pourraient voir leurs activités évoluer avec son développement.”

Mais précise surtout “qu’environ 14% risqueraient de voir leur emploi automatisé par ces technologies, entraînant une possible perte d’emploi. Cela représente tout de même 64.000 postes potentiellement menacés par l’IA au Luxembourg.

De fortes disparités entre pays

Une autre étude de la Coface (Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur) montre que tous les pays ne sont pas égaux face à l’IA. Leurs travaux soulignent que l’exposition des pays à l’automatisation par l’IA varie sensiblement, s’établissant à environ 12% du contenu du travail exposé à l’automatisation pour la Turquie et à plus de 21% pour le Luxembourg.

C’est d’ailleurs le taux le plus élevé observé en Europe. Par comparaison, avec 16% du contenu du travail potentiellement automatisable, la France se situe dans la moyenne des pays européens.

L’étude analyse 923 professions et affirme qu’environ un métier sur huit franchit le seuil de 30% de tâches automatisables que l’étude retient comme un seuil de transformation profonde du métier, “ouvrant la voie à des redéploiements d’effectifs potentiellement importants, sans pour autant signifier sa disparition”.

Les professions les plus exposées se concentrent dans les domaines à forte intensité cognitive et informationnelle : ingénierie, informatique, fonctions administratives, finance, droit ou encore certains métiers créatifs et analytiques”, note la Coface.

Leur étude affirme qu’un emploi sur six (soit 5 millions d’emplois en France) sera ainsi automatisable d’ici trois ou quatre ans.

Certaines “familles de métiers comme le droit, la finance, l’informatique, sont les plus exposées”, explique Axelle Arquié, co-autrice de l’étude.

Professions menacées

Le Luxembourg concentre davantage de métiers intensifs en traitement de l’information, tandis que les pays où l’emploi reste plus orienté vers “le commerce, les services à la personne, la construction, le transport ou d’autres activités à plus forte intensité physique présentent une exposition plus modérée” souligne l’étude.

Le Statec de son côté confirme que l’utilisation de l’IA est déjà très présente au Luxembourg. En 2024, 24% des entreprises luxembourgeoises utilisaient déjà des solutions d’IA, contre 13.5% dans l’UE.

Au Luxembourg, 56% des métiers de soutien administratif présentent un risque d’automatisation, alors que ce taux tombe à moins de 2% pour les cadres et les professions intellectuelles.

Les Luxembourgeois plus touchés que les frontaliers

Une analyse de l’exposition à l’intelligence artificielle par nationalité et résidence révèle une exposition plus menaçante pour les résidents luxembourgeois. Parmi ceux exposés, un quart serait susceptible d’être automatisé par l’IA, contre seulement 12% chez les travailleurs étrangers.

Ces différences s’expliquent par une plus forte proportion de métiers liés au soutien administratif (plutôt automatisables) chez les Luxembourgeois, comparé aux travailleurs étrangers.

Le Statec relève également un risque de remplacement plus élevé pour les femmes.Bien que le taux d’exposition à l’IA soit identique pour les deux sexes, le risque d’automatisation est nettement plus élevé chez les femmes. En effet, 18% d’entre elles pourraient voir leur emploi automatisé, contre 11% chez les hommes.

Enfin, mieux vaut être diplômé : la proportion de métiers automatisables diminue avec la hausse du niveau de diplôme.

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