
Avec près de 200.000 frontaliers qui viennent travailler au Luxembourg tous les jours et des résidents qui se déplacent majoritairement en voiture, les embouteillages sont devenus une véritable nuisance pour tout le monde. Un problème qui ne se pose évidemment plus en cette période de confinement.
En effet, depuis que les restrictions appliquées au télétravail ont été levées par les pays voisins, beaucoup d'entreprises ont demandé à leurs employés de travailler de chez eux. Résultat: les embouteillages ne sont plus qu'un mauvais souvenir au Luxembourg.
Et les bienfaits du confinement ne s'arrêtent pas là: qui dit moins de trafic, dit moins de pollution. Depuis le début de la crise, l'Agence Spatiale européenne a constaté une baisse importante de la pollution au dioxide d'azote au dessus des pays confinés. Une baisse également observée au Luxembourg comme nous l'a récemment confirmé un conseiller de gouvernement au ministère de l'Environnement.
A cela s'ajoutent de nombreux témoignages qui semblent prouver que l'environnement se porte mieux lorsque l'activité humaine tourne au ralenti. On pense notamment à l'eau dans les canaux de Venise, aux animaux qui s'aventurent dans les villes ou encore à la flore qui semble resplendir depuis le mois de mars.
Toutes ces constatations ont d'ailleurs fini par inspirer les internautes qui ont récemment suggéré l'idée d'un congé pour la planète. Un concept qui se base entièrement sur la possibilité de télétravailler pendant plusieurs semaines de suite, au Luxembourg comme ailleurs.
Mais dans la pratique, le télétravail est-il une alternative durable au travail classique? En admettant que les restrictions imposées aux télétravailleurs frontaliers ne soient pas remises en vigueur après la crise, pourrait-on envisager de continuer sur la même lancée?
Pour le porte-parole du ministère des Finances, le Luxembourg était déjà très flexible en matière de télétravail avant la crise. "On pouvait déjà dépasser la limite des 29 (France), 24 (Belgique) et 19 (Allemagne) jours de télétravail par an. Il suffisait de se mettre d'accord avec son employeur et de de payer les impôts sur le revenu dans son pays de résidence pour les jours au-delà de la limite."
Ceci dit, il affirme que le ministère des Finances considère le télétravail comme un "phénomène positif" surtout dans les circonstances actuelles. "Dans cette situation, le télétravail est évidemment préférable au chômage ou au fait de ne pas travailler" nous a-t-il déclaré.
Pour sa part, Thomas Schoss, conseiller de gouvernement au ministère de l'Environnement, n'envisage pas un retour à la normale après la crise.
"Les bases technologiques du télétravail étaient là longtemps avant la crise ; maintenant, nous faisons collectivement l’expérience pratique de sa rapidité et de ses atouts en général." D'après lui, le ministère "souhaite avancer en direction d’un nouveau cadre réglementaire national pour le télétravail".
Quant à l'impact écologique que peut avoir le télétravail, il nous a confirmé qu'une forte réduction des déplacements transfrontaliers aurait un impact positif sur la qualité de l'air mais a insisté sur le fait qu'on ne peut pas en déduire "qu’un changement des dispositions liés au télétravail constituerait LE facteur déterminant d’une telle réduction".
A ses yeux, il n'y a qu'en changeant la manière dont on se déplace qu'un impact durable peut être envisagé: "Il faudra considérer le changement modulaire de la mobilité, c'est-à-dire le nombre de personnes qui choisissent d'autres modes de transport que la voiture à une personne."
En effet, si le télétravail peut évidemment avoir un impact sur le trafic et la pollution, il ne faut pas oublier tous ces secteurs où le télétravail n'est pas une option (construction, restauration, industrie). De plus, si le télétravail convient à certains, d'autres préféreront toujours se rendre sur leur lieu de travail. Si de nombreuses études font le lien entre le télétravail et le bien-être des salariés, une étude récente du Liser semble indiquer que travailler de chez soi peut également mener au travail en débordement et à l'isolement.
En somme, si le télétravail peut avoir des répercussions positives à tous les niveaux (trafic, pollution, satisfaction), pour reprendre les mots de M. Schoos, ce ne sera jamais LA solution. Cependant, si à la fin de la crise, on avait plus souvent recours à cette méthode de travail, ce serait déjà un très bon début.