
"C'est super chaud. Nous devons être les seuls à être dans cette zone en Ukraine, mais je n'en suis pas sûr". Trop aguerri pour manquer d'humilité, Rémi Fabbri, directeur de l'Aide internationale de la Croix-Rouge luxembourgeoise sait qu'il est sur le point de réussir un pari audacieux: recréer un lien direct entre le Luxembourg et la région autour de Kramatorsk-Donetsk, à l'Est de l'Ukraine, dans le Donbass tant convoité par l'armée russe.
Une offensive majeure est attendue dans l'Est du pays, désormais cible prioritaire du Kremlin. Le long d'une route reliant la ville d'Izioum (sous contrôle russe) aux villes jumelles de Sloviansk et Kramatorsk, capitale du Donbass contrôlé par Kiev, les forces ukrainiennes se préparent, ont constaté des journalistes de l'AFP ce mercredi.
Ce n'est pas par goût du défi que la Croix-Rouge luxembourgeoise est sur le point de parvenir à acheminer trois poids lourds remplis de nourriture, de produits d'hygiène, de pansements, etc., mais c'est juste une continuité. Car "ça fait huit ans que nous sommes présents à Kramatorsk" où l'antenne luxembourgeoise mène des projets de reconstruction d’hôpitaux et de centre de santé. Voilà plusieurs semaines que la guerre a éparpillé son équipe à Kramatorsk, mais son pilier, Oleksandra Kalynovska, originaire de la ville, n'a jamais baissé les bras.
De sorte que, même si le fil était ténu il y a encore peu, "on n'est jamais parti de ce point de base. Oleksandra est toujours restée là", témoigne Rémi Fabbri. L'engagement de la Croix-Rouge a repris de plus belle: elle vient d'embaucher une poignée de personnes pour rayonner de Kramatorsk à Donetsk et de faire l'acquisition d'une grande camionnette "pour acheter du matériel sur place car c'est extrêmement difficile d'amener quelque chose en Ukraine aujourd'hui", témoigne le directeur de l'Aide internationale.
L'équipe sur place trouve de la nourriture, des kits de première nécessité, mais aussi des planches et autres matériaux pour colmater les fenêtres soufflées des hôpitaux. En attendant que tous les dons collectés et achetés au Luxembourg arrivent. "Il est prévu que les trois poids lourds arrivent en Ukraine le 11 avril. Une convention a été signée avec le CICR et la Croix-Rouge danoise pour l'arrivée des stocks à Dnipropetrovsk", pas très loin de Kramatorsk. Et comme "les besoins sont immenses en Ukraine", "nous sommes en train de négocier pour faire passer des camions tous les quinze jours", glisse Rémi Fabbri.
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La générosité des Luxembourgeois est immense depuis l'invasion de l'Ukraine par les troupes russes. Plusieurs ONG comme Caritas, Unicef Luxembourg et la Croix-Rouge luxembourgeoise voient affluer des records de dons ces derniers jours.
"Dans la région de Donetsk nous avons engagé 250.000€ pour un programme. Nous aurons besoin de 100.000€ par semaine si nous voulons le poursuivre jusque fin juillet. C'est essentiellement une aide matérielle qui doit encore être acheminée et 500.000€ pour l'accueil de réfugiés en Moldavie", a résumé lundi Luc Scheer, responsable de la collecte de fonds à la Croix-Rouge, à RTL. L'organisation a collecté 2,2 millions d'euros au cours des cinq dernières semaines au Luxembourg.

"Si l'attaque russe se confirme dans le Sud de l'Ukraine, on va avoir une série de problèmes en Moldavie", prévient Rémi Fabbri qui était sur place il y a trois semaines. Il parle d'un nouveau flux de réfugiés ukrainiens. Depuis la Croix-Rouge luxembourgeoise a signé une convention avec son homologue suisse pour y ouvrir un bureau commun et répondre aux besoins très spécifiques d’orientation des réfugiés qui arriveront aux frontières.
Pour expliquer l'ampleur du phénomène qui se produit actuellement en Moldavie, Luc Scheer rappelle que la Moldavie est un pays de 2,6 millions d'habitants "qui a accueilli 400.000 réfugiés. C'est comme si nous en avions 100.000 au Luxembourg et non 4.000. Et c'est le pays le plus pauvre d'Europe".
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