
Depuis 2001, l’énergie éolienne s’est fortement développée au Grand-Duché. On est passé de neuf éoliennes à l’époque à 59 installations aujourd’hui. Au total, le pays compte actuellement 77 éoliennes, et de nombreuses autres sont en construction. Parallèlement, la production a nettement augmenté, passant de 12 à près de 412 gigawattheures. Cette évolution s’explique également par des installations de plus en plus performantes, explique le directeur de Soler, Paul Zeimet.
D’ici 2030, le Luxembourg devra produire plus de 1.000 gigawattheures d’électricité éolienne. C’est l’objectif fixé dans le PNEC, le Plan national intégré en matière d’énergie et de climat. Selon le PNEC, la production devrait atteindre 800 gigawattheures cette année, mais avec plus de réalisme, elle devrait plutôt se situer autour de 500 gigawattheures.
Paul Zeimet demeure toutefois confiant quant à la possibilité d’atteindre, voire de dépasser, l'objectif d’ici 2030. Pour y parvenir, il faudrait toutefois accélérer le développement des installations. Selon le directeur de Soler, le principal frein à cette expansion réside dans la longueur des procédures administratives, surtout pour l’obtention des autorisations en matière de protection de la nature. Il constate néanmoins des progrès depuis la table ronde gouvernementale sur l’énergie, grâce à l’application du principe "einfach, séier, erneierbar" ("simple, rapide, renouvelable").
Avec 1.000 gigawattheures, il sera possible d’alimenter en électricité environ 231.000 ménages de quatre personnes au Luxembourg à partir de 2030. Cette estimation repose sur une consommation moyenne de 4.500 kilowattheures par foyer.
Il s’agit d’une consommation nettement supérieure à la moyenne actuelle, qui est d’environ 3.500 kilowattheures par ménage. En effet, la demande d’électricité devrait augmenter au cours des prochaines années, notamment en raison de l’essor des pompes à chaleur et des véhicules électriques. Le PNEC prévoit ainsi une hausse de la consommation d’électricité d’environ 18 % entre 2025 et 2030.
Parallèlement, les économies d’énergie resteront un élément essentiel de la stratégie, souligne Paul Zeimet.
Soler mise sur les nouvelles technologies pour répondre aux enjeux de la protection de la nature et des espèces. Par exemple, des caméras sont capables de détecter de petits oiseaux et d’arrêter automatiquement une éolienne lorsqu’il existe un risque pour un oiseau. Une telle installation est notamment utilisée sur le site de Karelshaff.
Par ailleurs, au cours des dernières années, plus de 22 milans royaux ont été équipés d’émetteurs afin de collecter davantage de données scientifiques. "Nous pouvons ainsi observer précisément comment ils se comportent lorsqu’ils migrent, lorsqu’ils reviennent, s’ils retournent à leurs nids et s’ils ont à nouveau des petits." Ces informations pourraient ensuite être prises en compte dans les nouvelles procédures d’autorisation, afin de réduire le nombre d’arrêts imposés pour des raisons de protection des espèces.
Concernant les nuisances sonores, le Luxembourg applique également des critères très stricts. "Nous ne sommes pas autorisés à émettre plus de 37 dBA (décibels pondérés A) la nuit au point le plus éloigné d’une zone couverte par un PAG, ce qui est bien plus strict que dans les pays voisins", explique Paul Zeimet.
L’implantation de parcs éoliens à proximité des routes et des zones industrielles est désormais également possible. Soler a d’ailleurs déjà plusieurs projets concrets en cours de développement.
Selon l’entreprise, cette évolution constitue un avantage important : "C’est absolument une avancée dans la bonne direction. Se rapprocher des sources de bruit existantes [comme les autoroutes], pareil pour les zones industrielles. Nous travaillons également sur des projets de ce type. Cela a d’autant plus de sens que c’est là que l’électricité est consommée."
Selon Paul Zeimet, il existe en réalité très peu d’opposition aux éoliennes au Luxembourg. L’initiative citoyenne de Burden constituerait plutôt une exception. Cette association a intenté trois recours judiciaires contre Soler. Jusqu’à présent, deux jugements ont été rendus, et l’entreprise a obtenu gain de cause à chaque fois. La dernière décision, concernant le permis de construire, est attendue prochainement. L’entreprise se montre toutefois confiante quant à une issue favorable. "Alors, tout sera prêt pour que les travaux de construction commencent l’année prochaine et que l’installation soit opérationnelle d’ici la fin de l’année prochaine."
Pour certains projets, la durée entre la conception et la réalisation s’est considérablement réduite. C’est notamment le cas du projet d’Eschdorf, qui n’aura nécessité que moins de quatre ans et qui devrait entrer en service l’année prochaine. Pour Soler, cela démontre qu’il est possible d’accélérer les procédures administratives sans pour autant négliger la protection de la nature ni les préoccupations des citoyens.
Au cours de l'année, plusieurs nouvelles éoliennes seront encore mises en service au Luxembourg. Soler cite notamment :
Par ailleurs, de nouveaux projets sont en cours à Kehlen et à Eschdorf. Et au "Burer Bierg", des installations plus anciennes vont être remplacées par deux éoliennes plus performantes.
Pour les années à venir, le directeur de Soler identifie trois grands défis : maintenir l’acceptation des projets éoliens par la population, poursuivre le développement du réseau électrique et créer des capacités de stockage suffisantes pour l’électricité produite.