
Ce que l'on ne dit pas à quelqu'un en pleine rue, on ne devrait pas non plus pouvoir l'écrire de manière anonyme sur le net. Les partis semblaient tous d'accord sur le fond du débat d'orientation à la Chambre, mais c'est le traitement que l'on devrait réserver à ces commentaires qui divisait les différents intervenants. Après trois heures de discussions, aucune réponse n'a finalement pu être trouvée à cette problématique virtuelle, alors que tous souhaitaient défendre la liberté d'expression.
Le débat a été initié par les partis de la majorité suite aux commentaires haineux dont a été victime la présidente de l'Asti, alors qu'il ne s'agit clairement pas d'un cas isolé. De plus en plus de personnes sont confrontées à ce genre de réactions racistes, sexistes ou homophobes, voire même à des menaces de mort. La ministre de la Justice a rappelé que lors du débat sur la paternité, elle-même a fait l'objet de menaces sérieuses.
Après avoir déposé plainte, les personnes concernées lui ont présenté leurs excuses suite à une convocation et une discussion avec la police. C'est grâce à ce genre d'intervention que certaines personnes se rendent compte de leurs actes et de leurs conséquences. Mission accomplie pour la ministre qui explique que c'est pour cette raison que chaque plainte ne mène pas forcément à une condamnation mais plutôt à un raisonnement éclairé des auteurs des paroles blessantes.
La députée Stéphanie Empain (déi Gréng) a également souligné le problème des algorithmes trop laxistes envers le hate speech en ligne mais qui, au contraire, ne permettraient justement pas de contrecarrer efficacement ce genre de discours à travers la critique, notamment. Selon elle, "si l'on ne peut pas ignorer une attaque dans la rue, on ne peut pas non plus passer à côté d'un tel comportement sur les réseaux car les deux situations sont bien réelles et peuvent avoir des conséquences néfastes".
Fernand Kartheiser (ADR) est plutôt d'avis qu'il faut laisser faire la justice, une réaction politique pourrait, à terme, risquer d'agir contre des avis critiques, ce qui n'est pas le but dans ce cas précis.
Un avis partagé par Sven Clement (Pirates) qui pense que la justice doit faire son travail, et qu'il ne faut pas tout mettre sur le dos des algorithmes. Ces instruments ne feraient pas, selon lui, "la différence entre une satire et une œuvre d'art".
Pour sa part, Paul Galles (CSV) propose plutôt un contre-discours positif et un accompagnement des victimes pendant le procès. Enfin, Nathalie Oberweis (déi Lénk), il faut définir les conditions selon lesquelles les discours haineux peuvent être punissables par la loi.