
Pour 273,5 millions d'euros, l'Etat obtiendra 18.000 mètres carrés de surfaces de bureaux. Le prix correspond aux coûts de construction réels à livre ouvert. A terme l'administration des Bâtiments publics, entre autres, emménagera dans ces locaux. Une "opération très particulière" qui suscite un certain nombre de questions, selon le CSV.
Si l'Etat paye 273,5 millions d'euros, cela mettrait le prix du mètre carré pour des surfaces de bureaux à plus de 13.000 euros, selon les calculs du député CSV Laurent Mosar. "Un prix extrêmement élevé, même pour les normes luxembourgeoises."
Le bâtiment, conçu par l'architecte français Jean-Michel Wilmotte, est une construction en acier et verre. Un immeuble de prestige, dit Laurent Mosar, qui se demande s'il est nécessaire, "que l'Etat luxembourgeois héberge ses administrations et ministères dans un tel objet de prestige".
Le ministre vert des Travaux publics, François Bausch, déclare que l'Etat aurait aussi pu construire lui-même pour ses propres besoins. "Nous aurions alors peut-être construit d'une autre manière qu'eux. Le prix des coûts de construction aurait alors été différent." Il souligne toutefois que l'Etat va payer sa part au prix coûtant. ArcelorMittal ne fera donc pas de bénéfice sur la vente.
Le ministre souligne aussi que le gouvernement a proposé il y a une demi-douzaine d'années à ArcelorMittal le terrain pour le nouveau siège au Kirchberg. "C'était évidemment un choix à faire." Et cela parce que nous "voulions avoir aussi sur la carte du monde une plus grande entreprise industrielle au Luxembourg." Et pas seulement des sociétés du secteur financier ou de satellites.
Laurent Mosar indique, selon des informations issues des rangs du CSV, qu'en 2006, lors du rachat d'Arcelor par Mittal, il aurait été stipulé que le siège de l'entreprise fusionnée resterait à Luxembourg. Il ajoute que c'était "un élément essentiel de la négociation à l'époque entre le gouvernement et les dirigeants du groupe ArcelorMittal". Le CSV doit le savoir, ses ministres participant à l'époque aux négociations. C'est pourquoi Laurent Mosar demande si ce siège était remis en question et "est-ce la condition sine qua non pour que le groupe ArcelorMittal reste définitivement chez nous au Luxembourg?"
A propos d'un éventuel retrait, François Bausch déclare: "'il n'y a pas eu de menaces là-dessus. Mais pour le moins, la probabilité était réellement sur la table."
La parcelle proposée au groupe métallurgique pour son nouveau siège au Kirchberg, aurait déjà été vaste à l'époque pour les besoins d'ArcelorMittal, explique François Bausch. Pour ne pas gaspiller de terrain, on aurait alors dit à ArcelorMittal: "Nous aimerions que le maximum qui puisse être construit là, le soit effectivement." Entretemps les besoins de l'entreprise en termes d'espace au siège pour ses collaborateurs ont encore été réduits et le marché immobilier de bureaux n'est plus aussi attractif.
Le terrain, sur lequel sera construit l'immeuble nommé K22, appartient au Fonds d'urbanisation et d'aménagement du Plateau du Kirchberg (Fuak), qui appartient lui-même à l'Etat. Le Fuak a accordé à ArcelorMittal un droit de superficie pour 75 ans et par conséquent l'entreprise doit payer un loyer de 96,7 millions d'euros. Ce droit de superficie est également inclus dans le budget. C'est le poste individuel le plus important du budget d'environ 500 millions pour le nouveau siège. Ce qui fait dire à Laurent Mosar: "Ici, l'Etat se paye au fond lui-même un droit de superficie."
Cependant, ce serait correct d'un point de vue comptable, selon le ministre des Travaux publics. Le Fuak utiliserait ses revenus pour construire les infrastructures au Kirchberg et aménager des terrains. L'Etat payerait aussi un loyer au Fonds pour d'autres bâtiments au Kirchberg.
Cet accord s'inscrit toutefois dans le cadre de négociations plus larges entre ArcelorMittal et le premier gouvernement bleu-rouge-vert. En 2016, il avait été convenu qu'ArcelorMittal céderait à l'Etat des friches industrielles dans plusieurs localités à des prix différents, afin d'y construire des logements. Des terrains qui ont été pollués de différentes manières et où l'Etat doit donc encore investir des sommes considérables pour les assainir avant la construction de logements. L'an dernier, l'Etat a également participé, via sa banque d'investissement, la SNCI, à hauteur de 60 millions d'euros à l'augmentation de capital, dont l'entreprise avait un urgent besoin à l'époque. Quelques années plus tôt, l'Etat était intervenu via la BCEE pour racheter l'ancien siège de l'avenue de la Liberté dans le quartier de la Gare, qu'ArcelorMittal avait fermé car son entretien était devenu trop coûteux. Cette opération avait à l'époque coûté à la Spuerkeess entre 79 et 200 millions d'euros.
Les bâtiments en verre et en acier posent des problèmes énergétiques. Ce n'est un secret pour personne. L'immeuble de la Chambre de Commerce au Kirchberg, a été construit en verre et en acier de l'Arbed. C'est difficile à chauffer l'hiver et difficile à rafraîchir l'été. Selon les informations figurant dans le projet de loi, le nouveau siège d'ArcelorMittal bénéficiera seulement d’une classe d’isolation thermique "C". C'est la performance du bâtiment lui-même. Que l'’immeuble bénéficie d’une classe d’efficacité énergétique "A", tient au fait qu'il sera raccordé au réseau de chauffage urbain du Kirchberg, qui fonctionne au bois et que des panneaux photovoltaïques seront installés sur le toit. Cela améliore la consommation d'énergie primaire et c'est pourquoi le résultat global du bâtiment est moins mauvais.
"Si vous me posez la question: si vous l'aviez construit vous-même, l'auriez-vous également construit en acier et en verre? Très probablement, nous ne l'aurions pas construit de cette façon", convient François Bausch.
Les éléments opaques de la façade seront isolés avec de la laine minérale, est-il mentionné dans le projet de loi. L'un des gros producteurs de laine minérale en Europe est comme chacun le sait la société Knauf, qui voulait s'implanter à Sanem. En raison d'émissions potentielles de substances nocives, le projet avait provoqué un différend entre le ministère de l'Environnement et le ministère de l'Économie au cours de la dernière législature La société avait finalement décidé d'ouvrir une usine de l'autre côté de la frontière à Illange en France.