
La réforme des retraites a été votée par les députés luxembourgeois le 18 décembre 2025 pour une entrée en vigueur le 1er janvier 2026, le principal changement étant l’allongement de huit mois de la durée de cotisation pour valider une carrière complète au Luxembourg. La CNAP est en train de mettre en œuvre ces mesures et de chercher des solutions. Il ressort de plusieurs documents internes datant d’octobre et de décembre, dont RTL dispose, que la réforme présente des risques juridiques et entraîne un important surcroît de travail. Les inquiétudes exprimées par les syndicats avant le vote, s’avèrent en grande partie fondées.
La CNAP bute en particulier sur la retraite progressive, mais aussi sur l’augmentation progressive du nombre de mois de cotisation pour la retraite anticipée à 60 ans. Jusqu’à présent, on pouvait partir en retraite anticipée à 57 ou 60 ans, à condition d’avoir cotisé 480 mois ou 40 ans. La réforme prévoit, pour la retraite anticipée à partir de 60 ans, que la durée exigée augmentera progressivement au cours des prochaines années pour atteindre 8 mois supplémentaires en 2030. Le problème, c’est que les nouvelles dispositions légales ne permettent pas une interprétation claire. Le texte mentionne “cette durée”, mais la CNAP a conclu qu’il faudra en fait prendre en compte à la fois les 480 mois et l’âge de 60 ans.
Dans une présentation PowerPoint de la CNAP, la question centrale est illustrée par l’exemple d’une personne née le 1er janvier 1970, qui a poursuivi des études entre ses 18 et ses 25 ans, avant de commencer à travailler. Cette personne atteindra une carrière de 480 mois le 1er janvier 2028, à 58 ans. La CNAP se demande si cette personne devra à ce moment-là effectuer quatre mois supplémentaires pour obtenir sa pension, ou si en 2030, à 60 ans, elle devra en faire huit supplémentaires, ou au contraire, aucun mois supplémentaire.
Malgré les risques juridiques, c’est-à-dire d’éventuels recours, la direction de la Caisse nationale d’assurance pension a décidé d’interpréter la règle ainsi : les 480 mois de cotisation seront augmentés du nombre de mois correspondant en fonction de l’année où les 480 mois et l’âge de 60 ans seront atteints.
La retraite progressive, autrement dit lorsque quelqu’un continue à travailler sous certaines conditions alors qu’il serait éligible à une retraite anticipée, était et reste une autre source de tracas pour la CNAP. Il semble qu’il y ait des discussions avec les employeurs à ce sujet. Dans un document, il est indiqué que la CNAP préconise un virement direct à l’assuré et non à l’employeur. Quoi qu’il en soit, toute une série de contrôles seront effectués.
Selon la CNAP, la retraite progressive représente surtout beaucoup de travail supplémentaire. En octobre, elle estimait à 25% la charge de travail supplémentaire. Pas seulement à cause des contrôles, mais aussi parce qu’il faut évaluer les dossiers des personnes qui souhaitent une retraite progressive afin de délivrer des certificats nécessaires, notamment pour l’abattement fiscal correspondant. La CNAP et l’Administration des contributions directes ont dû trouver des solutions, ce qui semble avoir été partiellement réglé en décembre.
D’autres problèmes sont également à prévoir en raison des parcours d’études atypiques. Comme si la réforme de 2012 n’avait pas déjà rendu le système des retraites extrêmement complexe. Selon l’ancien directeur de la CNAP, les pensions ne peuvent pas être calculées manuellement.
Sollicitée par RTL, la CNAP a indiqué qu’elle pourrait répondre plus précisément une fois qu’elle aura terminé l’analyse de toutes les problématiques, adapté ses procédures internes et qu’elle sera en mesure de donner des instructions claires aux assurés. Elle a toutefois déjà publié beaucoup d’informations sur son site Internet, dont une démarche sur guichet.lu pour demander l’abattement fiscal lorsqu’on continue à travailler tout en ayant déjà droit à une pension anticipée. La retraite progressive elle-même ne peut pas encore être demandée, mais la CNAP travaille activement à sa mise en place.
La ministre de la Sécurité sociale, Martine Deprez, avait déclaré le 19 décembre sur RTL que la réforme entraînerait évidemment un surcroît de travail, mais pas dans les proportions que l’on pourrait imaginer. Elle avait également précisé qu’une retraite progressive pourrait être demandée dès le début de l’année, mais qu’elle ne prendrait effet qu’au bout de quatre mois au minimum.
Elle avait ajouté que la CNAP allait bénéficier de renforts. Le plafond pour les recrutements a été relevé. Elle n’avait toutefois pas pu préciser combien de nouveaux collaborateurs seront engagés. Le règlement prévoit une hausse des effectifs à hauteur de 100 personnes. Selon son rapport annuel, la CNAP comptait 242 agents en 2024.
Sur le plan politique, les débats autour de la réforme des pensions ont été très tendus. Le gouvernement avait fait marche arrière après la grande manifestation de juin. Finalement, c’est l’augmentation des cotisations de 0,5% pour les assurés, les employeurs et l’État, qui sera le plus profitable au système du point de vue financier.