LuxembourgLa colocation abordable, ça marche, "mais on est freiné"

Maurice Fick
"De WG Projet" développe avec succès des colocations à prix abordables. Il croule sous les demandes de locataires et... de propriétaires! "Aucun souci pour trouver des biens", assure son initiateur, mais "nous n'avons pas le personnel" pour suivre la cadence. Il réclame du soutien au ministère du logement et aux communes.
© Maurice Fick / RTL

À l’heure où les prix des loyers repartent à la hausse au Luxembourg et les loyers des chambres meublées explosent carrément, la colocation pour payer un loyer plus modéré apparaît encore davantage comme une des solutions pour répondre à la crise nationale du logement.

Lancé il y a cinq ans, “de WG Projet” s’était fixé comme but de proposer des colocations à prix abordable au Luxembourg via la gestion locative sociale. L’outil créé par le gouvernement pour inciter les propriétaires à louer leurs logements inoccupés. À la louche, près de 15.000 logements étaient vides au Luxembourg en mai 2023.

Aujourd’hui, “De WG Projet” gère 65 logements dans plusieurs communes -qui se trouvent essentiellement dans des maisons- en gestion locative sociale dans lesquels vivent 320 locataires. “Les deux tiers sont des bénéficiaires des protection internationale”, rapporte Nathalie Reuland, bénévole au sein de LIFE, l’association qui a initié le projet.

Depuis sa création il y a cinq ans, “De WG Projet” n’a pas dévié de sa ligne, mais a été débordé par les demandes des offices sociaux. Le volume de la demande, mais aussi de l’offre de propriétaires prêts à louer ou à vendre leur bien aux conditions du logement abordable est tel que “nous ne pouvons pas absorber tout ce travail”, confesse Gary Diderich, initiateur de Life asbl.

Le compromis pour l'achat de cette maison à Belvaux a été signé il y a huit mois. Le ministère a accordé le conventionnement pour en faire une projet de logements abordables, mais LIFE asbl attend toujours le feu vert du prêt de la banque.
Le compromis pour l’achat de cette maison à Belvaux a été signé il y a huit mois. Le ministère a accordé le conventionnement pour en faire une projet de logements abordables, mais LIFE asbl attend toujours le feu vert du prêt de la banque.
© Maurice Fick / RTL

Rappelons qu’en louant leur maison ou leur appartement pour un prix plus abordable que celui du marché (soit de 30% à 40% moins cher), les propriétaires privés bénéficient d’une exonération fiscale de 75% sur les revenus locatifs.

Nous sommes débordés de demandes et nous refusons aussi bien des maisons qui nous sont offertes pour des locations qu’en acquisition”, résume Nathalie Reuland. Avec son équipe d’à peine deux professionnels conventionnés et d’une dizaine de bénévoles, l’asbl compte ses bras et ne parvient plus à suivre le mouvement.

Ce mardi, lors d’une conférence de presse, Gary Diderich a lancé un appel aux ministères, aux communes, aux particuliers, mais aussi aux banques pour soutenir le projet. Car “sans moyens supplémentaires, il faudra freiner” le développement de projets. Alors qu’”il y a un grand potentiel pour faire plus”, assure Gary Diderich. Avec “six personnes conventionnées en plus” et des communes prêtes à mettre des maisons à disposition, “nous pourrons continuer à développer le projet”, assure-t-il.

Les banques sont un frein

La crise du logement accentuée par des taux de prêts bancaires paralysants a aussi chamboulé la donne pour les promoteurs sociaux comme LIFE asbl. “Avant la crise, les propriétaires n’étaient pas du tout ouverts” à confier leur bien pour la gestion locative sociale, se rappelle bien Gary Diderich.

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Aujourd’hui ces mêmes propriétaires “courent derrière nous”, constate-t-il. Les “derniers compromis signés sont de 20% en-dessous du prix qui se pratiquait il y a un an au Luxembourg. C’est donc le moment d’y aller... mais on est freiné”, se lamente Gary Diderich.

Car bien qu’elles aient toutes les garanties de l’État (qui couvre 75% du prix d’achat et des rénovations), “les banques sont réticentes” et il faut en moyenne, bien “huit mois pour concrétiser” un achat immobilier.

Les banques ont beau avoir la garantie de l’État, elle ne débloquent pas les prêts pour autant. Le problème c’est que “les banques regardent les capacité de remboursement” de l’association et refusent de prendre en compte le “forfait de gestion” dans leur calcul”, explique Gary Diderich. L’asbl touche en effet un forfait de gestion mensuel de 300 euros par hébergement.

“Aucun souci pour trouver des maisons”

Nous n’avons aucun souci pour trouver des maisons que ce soit pour la location ou l’acquisition” assure Gary Diderich.

À ce jour, l’association est “déjà propriétaire de quatre maisons”, pose-t-il. S’y rajoutent “six maisons pour lesquelles les conventions sont signées avec le ministère du Logement” et “12 maisons pour lesquelles nous avons déjà signé un compromis”. De sorte que “d’ici fin 2024, nous pourrions avoir 22 maisons en gestion”. Ce qui représenterait un formidable bon en avant pour le promoteur social qui commence à réfléchir autrement. Car acquérir un bien représente “moins de travail” pour “de WG Projet”.

La gestion locative sociale sous-entend en effet qu’il faut gérer les attentes des locataires d’une part et des propriétaires d’autre part. Ce qui est “complexe”. Mais aussi combler les écarts de loyers créés par le fait que le salaire du locataire est pris en compte pour le calcul du loyer.

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