
Pour Christian Hahn, agriculteur à Roodt, dans la commune d'Ell, la situation est claire. Il suffit d'un coup d'œil sur ses champs pour constater les conséquences des dernières semaines. Le maïs enroule ses feuilles, les extrémités brunissent et les plantes se développent beaucoup plus lentement que d'habitude.
"Au cours des deux derniers mois, il nous a manqué environ la moitié des précipitations normales", explique-t-il. C'est particulièrement problématique sur les sols légers. Certes, l'hiver avait laissé quelques réserves d'humidité, mais celles-ci s'épuisent désormais de plus en plus rapidement. "Jusqu'à présent, nous n'avons pratiquement pas eu de pluie en juillet."
De plus, la sécheresse survient plus tôt que les années précédentes, et cela à un moment particulièrement critique. Le maïs devrait actuellement former ce que l'on appelle la "panicule", qui permet ensuite la pollinisation des épis. Si la plante voit sa croissance retardée par le manque d'eau, elle risque de produire beaucoup moins de grains.
Les conséquences sont déjà visibles dans les champs depuis plusieurs semaines. La récolte des cultures d’hiver, comme le blé ou l’orge, a commencé nettement plus tôt cette année. Pour l’agriculteur, ce n’est pas un bon signe. "Le grain a été contraint de sécher prématurément", précise Christian Hahn. De ce fait, il reste non seulement plus petit, mais perd également en qualité. Les premières estimations indiquent des pertes de l’ordre de 25 à 30 %.
Pour le maïs, la situation pourrait être encore plus grave. "Si rien ne se passe prochainement, des plantes pourraient mourir. Il est encore trop tôt pour avancer des chiffres définitifs, mais cela pourrait être encore pire que pour les cultures d’hiver."
L’espoir des agriculteurs repose désormais sur la météo. Mais quelques litres de pluie ne suffiraient plus à eux seuls. "S'il tombe maintenant cinq litres par mètre carré, cela n'apportera quasiment rien", explique Christian Hahn. "Il faut vraiment une période de pluie significative, avec des quantités mesurables en litres."
Ces derniers jours, les météorologues ont annoncé à plusieurs reprises des précipitations, mais celles-ci ont sans cesse été repoussées. Pour l’agriculture, le temps est donc de plus en plus compté.
La sécheresse n’a pas seulement des répercussions sur les récoltes, mais aussi sur l’élevage. Le maïs est l’un des principaux aliments destinés au bétail pendant l’hiver. "Si nous ne récoltons réellement que la moitié du maïs, cela signifie aussi que nous ne disposerons que de la moitié de la nourriture nécessaire pour l’hiver", avertit l’agriculteur.
Cela pourrait conduire certains éleveurs à devoir vendre ou faire abattre leurs bovins de boucherie avant l’hiver, faute de pouvoir garantir leur alimentation. La production laitière pourrait également souffrir de la chaleur. Lorsque les températures sont élevées, la production des vaches laitières a traditionnellement tendance à diminuer légèrement. Dans le même temps, le prix du bétail de boucherie a plutôt subi une pression à la baisse au cours des dernières semaines.
Habituellement, une alternative consiste à acheter des aliments pour le bétail en France, en Allemagne ou dans la Grande Région. Mais cela pourrait précisément s’avérer compliqué cette année. "Les nouvelles en provenance des pays voisins ne sont pas bonnes non plus", explique Christian Hahn. "Si les récoltes y sont tout aussi mauvaises, il y aura également moins de maïs et moins d'aliments disponibles là-bas." Cela signifie non seulement une offre plus limitée, mais aussi, potentiellement, des prix nettement plus élevés.
Pour l’agriculteur, cet été montre avant tout à quel point il devient important de diversifier les exploitations. Après deux années très humides, la saison actuelle est de nouveau marquée par une sécheresse extrême. "Il devient de plus en plus important d'avoir différentes cultures", explique-t-il. De cette manière, des pertes subies sur une culture pourraient être compensées, au moins en partie, par d’autres produits. Mais même cette stratégie a ses limites lorsqu’une région entière souffre d'un manque d’eau.
L’espoir n’est toutefois pas encore perdu. Si les prochaines semaines apportent des précipitations suffisantes et surtout régulières, le maïs pourrait encore se reprendre en partie. En revanche, si la sécheresse persiste, cet été pourrait devenir l’un des plus difficiles de ces dernières années pour de nombreux agriculteurs luxembourgeois.