Elias Scheer témoigne"Je suis le premier homme transgenre dans la police" luxembourgeoise

RTL Infos
"Un être humain est un être humain", tel est le nom du compte Instagram du projet par lequel le luxembourgeois Elias Scheer veut relier son sport, le triathlon, avec son engagement en faveur de la communauté LGBTIQ+.

"En fait je voulais combiner le sport avec la thématique LGBT, car dans le sport, la thématique LGBT reste relativement taboue et en même temps, je voulais récolter de l'argent pour notre communauté dans le cadre sportif, de l'argent qui serait ensuite reversé à la Cigale," explique Elias Scheer.

Il entend sans arrêt comment des membres de la communauté sont traités. Selon des études, des personnes dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui leur a été assigné à la naissance, courent un risque plus élevé de maladie mentale, telle que la dépression et des pensées suicidaires. "Je perçois incidemment comment des personnes comme moi sont traitées et ce n'est bien sûr pas agréable, quand vous voyez que pour moi, ça s'est au fond bien passé et que d'autres ont des dépressions ou des pensées suicidaires, simplement parce que des gens sont méchants et odieux." Même si son coming out s'est passé de manière plutôt positive, "c'était une situation stressante pour moi, je me suis posé énormément de questions", se souvient-il. Comment allaient réagir sa famille, ses amis, son entourage et ses collègues de travail?

Ses inquiétudes ne sont cependant pas devenues réalité: "Finalement, cela n'a pas été du tout ainsi, les gens ont été très positifs. Ils ont dit: 'ce n'est pas un problème pour nous'. Ils se sont beaucoup engagés, personne ne m'a rejeté d'une manière ou d'une autre." Il y a quatre ans, il a pris la décision de faire sa transition pour devenir un homme. Jusque-là, il vivait en tant que femme. Pendant la pandémie de coronavirus, il y a réfléchi plus longuement. "J'ai simplement réalisé que comme je vivais alors, je ne pouvais pas être heureux et j'ai donc décidé d'être honnête avec moi-même.” 

Le reportage en luxembourgeois : 

Den Elias Scheer am Portrait
Hien ass den éischten Transmann bei der Police a setzt sech géint Virurteeler ronderëm LGBT+ Themen an.

Une personne l'a soutenu pendant tout son parcours, son amie Laura Da Cruz: “Il était déjà une personne joyeuse avant en tout cas. Et cependant, on a remarqué qu'à partir du moment, où il a commencé à faire sa transition, il s'est de plus en plus épanoui. Et qu'il est sorti de lui-même. Et il peut être celui qu’il a toujours voulu être et celui qu’il a toujours été en réalité."

Ensemble, ils se sont réjouis de chaque étape, chaque fois qu'ils remarquaient un changement. Cependant, tout n’est pas toujours positif. Elias Scheer s'est beaucoup informé au préalable et a consulté l' ASBL Intersex & Transgender Luxembourgl et le Centre LGBTIQ+ Cigale. Il a également effectué beaucoup de recherches sur les réseaux sociaux: "Comme chacun le sait, les réseaux sociaux sont aussi connus pour dissimuler les façades négatives. Ce qui signifie que je n'ai en fait vu que le positif, mais toutes les opérations, les douleurs physiques que l'on peut ressentir, bien sûr ce que peuvent aussi être les réactions des gens... Cela, les réseaux sociaux, souvent, ne le montrent pas. Et là, cela aurait été bien d'avoir quelqu'un au Luxembourg que j'aurais pu connaître personnellement et avec qui j'aurais eu quelque chose de tangible."

C'est pourquoi il veut désormais être un exemple, il est ouvert à toutes les questions et veut aider d'autres à suivre leur voie. Sur son compte Instagram, il tente également d'agir contre les préjugés autour des personnes transgenres. Dans son métier de policier, travailler pour la communauté LGBTIQ+ est aussi une affaire de coeur. Il est le premier homme transgenre de la police luxembourgeoise et depuis cette année, il donne aussi des formations à l'Ecole de police sur les thématiques LGBTIQ. "Je leur explique ce que signifient les différentes lettres, puis je passe en revue avec eux des exemples de cas individuels. Pour que, si nous sommes une fois confrontés à une personne qui appartient à la communauté LGBT et que c'est un sujet un peu plus sensible, nous puissions nous adapter de manière optimale", explique Elias Scheer.

Il est également le représentant luxembourgeois de l'EGPA (European LGBT Police Association), l'association européenne des policiers LGBT. Elle propose des formations dans le domaine LGTB en lien avec le travail des forces de sécurité dans toute l'Europe. 16 pays sont membres de l'EGPA, dont le Luxembourg depuis cette année. "Mon rôle est de veiller qu'ici au Luxembourg, nous continuions à évoluer en tant que police. Cela signifie que nous informons les gens en interne de ce qu'est cette thématique. Pour que nous puissions les éclairer un peu mieux, afin de pouvoir garantir le meilleur service possible aux citoyens."

L'objectivité et la diversité font partie des valeurs de la police. Elias Scheer peut parler ouvertement de son histoire à son travail et en interview. Cela ne va pas de soi partout dans le monde. Lors de conférences internationales, il rencontre sans cesse des collègues, qui sont obligés de se cacher. "Il y a des pays, où ce n'est absolument pas accepté. Là, les policiers mènent une double vie, parce que ce n'est pas toléré chez eux.L'ILGA (International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association) examine chaque année la situation juridique relative aux droits LGBTIQ+ dans les pays européens. Cette année, le Luxembourg est classé à la 7ème place avec la Norvège. Malte arrive en tête du classement. La Turquie, l'Azerbaïdjan et la Russie occupent les dernières places. Retrouvez ici ce classement.

L'histoire d'Elias Scheer est positive et pour lui, cela reste une passion de motiver les gens à suivre leur voie, mais aussi de s'engager contre la haine et pour que tout le monde soit traité de la même manière, indépendamment du genre, de l'origine, de la religion ou de l'orientation sexuelle. Car un être humain est un être humain.

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