
Imaginons (rêvons, même): heureux résident du Luxembourg, vous êtes marié et disposez depuis 1985 d’un magnifique appartement sur la Côte Belge, à Knokke-le-Zoute.
Une belle propriété qui vaut désormais 1.100.000 euros, et que vous souhaitez léguer au conjoint survivant, qui le léguera ensuite à votre fils qui vit en France. Un beau cadeau, n’est-ce-pas? Et puis vous savez que le Grand-Duché est peu gourmand en droits de succession: l’avenir de votre fiston est assuré.
Hélas, en matière d’héritage, les droits de successions peuvent vite transformer le rêve en cauchemar, surtout lorsque votre patrimoine ou vos héritiers ont voyagé... La preuve:
Bref, au total, les droits de succession pèsent plus de 600.000 euros... soit 60% de la valeur de l’appartement! "Donc il faut vraiment que le fils aime Knokke-le-Zoute pour accepter de sortir une telle somme de sa poche et garder l’appartement de papa et maman…" ironise Me François Derème.
L’appartement de Knokke-le-Zoute est un "exemple catastrophe" -mais tout à fait plausible- de transmission de patrimoine qui tourne au fiasco, explique cet avocat, spécialiste de la planification successorale, qui a animé la semaine dernière une conférence au Cercle Cité.
Il donne un cas de figure encore plus catastrophique (voir photo ci-dessous). Imaginez un peu: vous pensez transmettre à votre frère préféré une fortune de 3.500.000 euros... et la fortune se transforme en dette de 3.801.000 euros! Un vrai cadeau empoisonné.

Simple lorsque tout se passe au Grand-Duché, la succession devient plus compliquée - et potentiellement coûteuse- dès lors que des pays étrangers sont impliqués.
Et devinez quel pays voisin donne des sueurs froides à n'importe quel rentier? Bingo. Dans la Grande-Région, c'est la France qui impose le plus en cas de succession. "Cocorico, la France est là à tous les niveaux" sourit l'avocat en pointant les différents risques de double/triple imposition lors d'une succession/donation. Ainsi:
Existe-t-il des garde-fous pour éviter ces superpositions de taxes? Au niveau international, c'est simple, il n'y en a pas. "Ça parait aberrant, alors que le Luxembourg est une plaque tournante économique et financière, et l’un des pays les plus "conventionnés" en la matière. Mais en matière de donation et de succession, le Luxembourg n’en a jamais conclu aucune" affirme-t-il.
En droit national, par contre, effectivement, il existe des mesures préventives de double imposition. La encore, il faut distinguer biens immeubles/meubles situés à l'étranger.
Compliqué? En effet. Un conseil donc, consultez un spécialiste, et ne tardez pas trop, car cela pourrait vous coûter cher... enfin, surtout à ceux qui vous sont chers!