Gabriel Boisante emploie 280 personnes dans ses 10 restaurants et bistros. Environ un tiers d’entre eux perçoivent le salaire minimum, qu’ils soient qualifiés ou non. Lorsqu’on lui demande quel impact financier la hausse récemment annoncée aura sur son activité, il répond: “à l’échelle du groupe, nous devrons vendre 20.000 à 30.000 cocktails supplémentaires”.
Au cours des quatre dernières années, les restaurateurs ont déjà dû faire face à diverses hausses de prix de l’énergie, des matières premières et des salaires.
Cependant, ils ne peuvent que partiellement répercuter ces hausses sur leurs clients. Gabriel Boisante estime que ses prix ont augmenté de 15 à 20% au cours de cette même période et ne souhaite pas faire peser une charge encore plus lourde sur ses clients. Le nouveau salaire minimum aura également un impact sur ses marges: “nous n’allons certainement pas procéder à une augmentation systématique des prix. La hausse du coût de la vie touche tout le monde, y compris les clients. Se retrouver autour d’un repas ou d’un verre devrait être à la portée de tous. Nous ne voulons pas être un restaurant où les gens paient 7 ou 8€ pour une bouteille d’eau”.

Ses employés sont ravis de cette hausse du salaire minimum, et lui est ravi pour eux, explique l’entrepreneur. Mais il craint que son personnel ne profite de cette augmentation de 3,8% qu’en apparence: “l’effet secondaire de cette mesure, c’est qu’elle alimente l’inflation. Le principal poste de dépenses d’un ménage, c’est le logement. Or, rien ne bouge sur ce front. Et cette augmentation salariale n’aura absolument aucun impact sur ce poste, bien au contraire: elle aura un effet proportionnel sur les postes de dépenses onéreux d’un ménage. Il est donc possible que cela aggrave la pauvreté et creuse encore davantage le fossé entre riches et pauvres”.
Cet employeur, membre du LSAP, critique le fait que le gouvernement fasse porter la responsabilité du bien-être des gens aux propriétaires de petites et moyennes entreprises. Une augmentation du salaire minimum ne suffit pas; une vraie réforme de la fiscalité sociale et des mesures en faveur du logement abordable sont également nécessaires.