Quel président sera-t-il, face à un Donald Trump ? Erwan Rohou sourit : "Face à Trump, je pense qu'il faut être un président un peu fou. Pas autant que lui, car il a mis la barre très haut. Pour l'anecdote, j'ai un point commun avec Trump. On est tous les deux passés par la Wharton School à Philadelphie... mais la comparaison s'arrête là".
Centrale de Cattenom, immigration, bilan d'Emmanuel Macron... Pour ce nouvel épisode de "Fallait oser", ce Breton de 57 ans a accepté de se prêter au jeu des questions-réponses.
S'il ne manque pas d'humour, sa candidature à la présidence de la République est très sérieuse. "Je m'intéresse depuis longtemps à la politique. Mais je dirais que le déclic remonte à 2016, lorsque j'ai vu les candidats se présenter aux présidentielles de 2017. À l'époque, je me suis dit : encore les mêmes qui se présentent avec les mêmes idées qui ne fonctionnent pas."
Alors, pourquoi pas lui?
Cet ingénieur de formation, "passionné d'informatique depuis mon premier ordinateur en 1984", est notamment passé par l'École nationale de l'administration (ENA) avant de commencer sa carrière à la SNCF. Il y restera un quart de siècle, avant de rejoindre le Luxembourg en 2019. "Un chasseur de têtes est venu frapper à ma porte, pour un travail à la tête de la maintenance du tramway de Luxembourg."
Un métier qui est en accord "avec ma philosophie : entretenons l'existant plutôt que de le remplacer avec du neuf" explique le Français. La mobilité douce est inscrite dans son ADN politique, l'écologie : "je n'ai d'ailleurs pas de voiture, je me déplace uniquement en transports en commun". Il vante au passage la gratuité des transports en commun et la qualité du réseau ferré luxembourgeois : "on voit qu'il y a beaucoup d'argent investi dans les transports en commun ici".
Côté expérience politique, il a oeuvré aux côtés de Rama Yade, ancienne secrétaire d'Etat sous la présidence de Sarkozy, qui s'était présentée à la présidentielle de 2017. Il s'est notamment présenté aux législatives de 2017 dans la 13ᵉ circonscription de Paris sous les couleurs de "La France qui ose" de Rama Yade, recueillant 0,19 % des suffrages exprimés.
Il a ensuite rejoint en 2019 les rangs du MEI (Mouvement écologiste indépendant). "Le MEI a été fondé en 1994 par Antoine Waechter lorsqu'il a quitté les Verts, qui s'orientaient fort vers la gauche. Or Waechter considérait que l'écologie n'a pas besoin d'être de droite ou de gauche." Après avoir été trésorier et membre du bureau national, le voici donc candidat du parti à la présidentielle.
Une course à l'Élysée qui doit encore passer un obstacle de taille : les 500 parrainages à obtenir auprès des élus pour pouvoir se présenter. "Il ne faut pas trop aller vite en besogne, il y a un long parcours entre la déclaration et l'élection. Beaucoup de candidats n'ont aujourd'hui que des promesses de signature. Attendons début 2027 pour y voir plus clair" répond-il.
Ses premières mesures s'il est élu président? "En priorité, remettre au coeur de la démocratie la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. C'est un modèle qui est affiché partout, mais les élus ont fini par ne plus la regarder et l'oublier."
La meilleure politique pour lutter contre le dérèglement climatique ? "C'est d'aller vers plus de sobriété et moins de pressions sur les ressources. On est en train de toucher l'ère des limites" prévient-il, renvoyant au livre blanc du MEI. D'ailleurs, selon lui, les autres candidats écologistes "ont un gros défaut, ils ne parlent que d'écologie. Un parti écologiste doit parler de tous les sujets. Leur autre handicap, c'est qu'ils ne raisonnent qu'en obligeant ou interdisant. Il faut plutôt accompagner que contraindre, selon moi."
Son slogan de campagne ? "Je n'en ai pas" admet-il. On lui propose alors de compléter ce début de phrase (emprunté à un certain François Hollande...) : Moi, président, "à la différence d'Emmanuel Macron, j'aurai du respect pour les Français. J'aurai du respect pour leurs difficultés, j'aurai du respect pour leur vote, j'aurai du respect pour les institutions et j'aurai du respect pour la France." C'est peut-être mieux que certains slogans !