Sécurité et participation citoyenne"Esch-sur-Alzette n'est pas une 'crime city' ", affirme son bourgmestre

Marc Hoscheid
traduit pour RTL Infos
Christian Weis affirme qu'Esch-sur-Alzette n'est pas plus dangereuse que d'autres villes comparables, tout en reconnaissant des problèmes concrets de sécurité et de cadre de vie auxquels la commune veut répondre.
Invité vun der Redaktioun: Christian Weis
En Dënschdeg de Moie ward’Stad Esch Theema an der Emissioun “Invité vun der Redaktioun”.

Réagissant au différend mortel survenu fin mars entre deux hommes dans un logement social de la ville, le bourgmestre d’Esch-sur-Alzette Christian Weis du Parti populaire chrétien-social (CSV) a insisté sur le fait qu’il ne fallait pas tirer de conclusion générale à partir d’un seul drame, aussi grave soit-il.

“Esch n’est pas une crime city”

Il a rappelé qu’Esch est une ville dense, avec quelque 70.000 personnes présentes chaque jour sur son territoire, bien desservie par les transports publics, proche de la frontière française et marquée par une vie urbaine plus intense qu’une commune résidentielle.

Dans ce contexte, il estime que la situation ne peut pas être comparée à celle d’une “commune-dortoir” et affirme qu’Esch n’est pas plus dangereuse que d’autres villes comparables. “Esch n’est pas une crime city”, a-t-il résumé.

Le bourgmestre a toutefois reconnu que tout n’allait pas bien. Selon lui, les statistiques policières montrent bien une hausse des infractions constatées, mais pas d’explosion.

Pour les faits les plus graves, il a parlé d’une évolution plutôt stable, en ajoutant que certains délits, comme les vols avec violence ou les infractions liées à la drogue, seraient même en recul. Il a cependant souligné qu’il existe un écart entre la situation sécuritaire réelle et le sentiment d’insécurité ressenti par les habitants.

C’est précisément sur ce terrain que la ville veut aussi agir, à travers son plan local de sécurité, une présence policière plus visible, mais aussi d’autres mesures concrètes, comme un meilleur éclairage public, des services sociaux de proximité, des streetworkers et des équipes d’hygiène chargées d’intervenir face aux incivilités.

Une seringue retrouvée près d’une école

La question de la sécurité autour des écoles a occupé une place importante dans l’entretien. Ces derniers temps, le problème des objets laissés par des consommateurs de drogue à proximité ou dans les cours d’école a été particulièrement mis en avant.

RTL a évoqué un incident récent particulièrement préoccupant: un garçon a trouvé une seringue et, après s’être blessé à la main, a dû suivre un traitement préventif lourd contre le VIH. Le bourgmestre a toutefois tenu à préciser que la seringue n’avait pas été retrouvée dans la cour, mais devant l’école.

Pour renforcer la protection des enfants, la commune prévoit plusieurs mesures. Le bourgmestre a expliqué que des agents de sécurité patrouillent déjà dans les cours d’école, mais que cette présence allait être renforcée. Des caméras doivent aussi être installées à certains endroits dans plusieurs cours.

Les contrôles d’hygiène, assurés à la fois par les concierges et par les équipes spécialisées, seront également intensifiés. Christian Weis a insisté sur l’importance de maintenir les concierges dans les établissements, afin qu’ils puissent garder un oeil sur ce qui s’y passe, y compris en dehors des heures de classe. “Il n’est pas question que les cours d’école soient des espaces libres où chacun peut faire ce qu’il veut”, a-t-il martelé.

Police locale

Christian Weis a par ailleurs dressé un bilan très positif de l’unité locale de police présente à Esch depuis juillet 2024. Il a expliqué que cette structure avait considérablement amélioré les échanges entre la commune et la direction de la police, avec une réunion organisée toutes les deux semaines.

Ces rendez-vous permettent, selon lui, à la fois de faire le point sur les faits récents et d’anticiper les grands événements à venir. Il a aussi assuré que les habitants appréciaient cette présence plus visible, notamment au centre-ville et à Belval, où les agents constituent des interlocuteurs identifiables.

En revanche, il ne juge pas nécessaire de renforcer massivement l’unité en personnel: pour lui, l’essentiel est que les agents soient visibles, mobiles et présents sur le terrain.

Assemblée citoyenne

Sur le plan de la participation citoyenne, la ville d’Esch veut également tester de nouvelles approches. En collaboration avec l’institut de recherche et d’action DemocracyNext, Esch met en place une assemblée citoyenne.

Selon le bourgmestre, l’idée est née d’un constat: même s’il a été élu de manière légitime, le conseil communal ne reflète pas pleinement la sociologie de la population eschoise. Christian Weis a d’ailleurs relevé que le conseil avait été élu par moins d’un tiers des habitants de la ville.

Pour remédier partiellement à ce décalage, 40 personnes ont été tirées au sort selon une méthode stratifiée, de manière à refléter autant que possible la population en termes de genre, d’âge, de profession et de quartier, selon Christian Weis.

Au total, 10.000 personnes ont été contactées, plus de 550 se sont dites prêtes à participer, et 40 ont finalement été retenues par tirage au sort. Ces participants suivront un processus intensif sur huit semaines, avec de nombreuses réunions, ainsi qu’un accompagnement par des experts et des formations sur des sujets comme le budget communal ou le cadre législatif.

Christian Weis a reconnu que le succès du projet dépendrait entièrement de la manière dont le monde politique traitera ces propositions. “Le projet tient ou tombe selon la façon dont nous réagirons aux recommandations”, a-t-il admis, tout en assurant que le collège échevinal s’était engagé à y donner une suite sérieuse si la ville veut pérenniser cette démarche.

Luxembourg Pride

La question de la Luxembourg Pride a également été abordée. Christian Weis a rappelé qu’Esch était très fière d’avoir accueilli cet événement pendant des années et d’avoir été la seule “Rainbow City” du pays.

Il voit toutefois d’un bon oeil le fait que la Pride alterne désormais entre Esch et Luxembourg-Ville. À ses yeux, toutes les villes devraient pouvoir être fières d’accueillir un tel événement.

Des changements au collège échevinal

Concernant les changements à venir au sein du collège échevinal, Christian Weis a confirmé qu’il y aurait du mouvement, tout en restant prudent sur le calendrier exact.

André Zwally pour le CSV, Pim Knaff pour le Parti démocratique et Meris Šehović pour Les Verts doivent quitter leurs fonctions, mais le bourgmestre refuse de dire quand, estimant qu’il appartient aux personnes et aux partis concernés de l’annoncer eux-mêmes. Il a toutefois assuré que cela ne remettrait pas en cause la continuité politique.

“Pour moi, en tant que bourgmestre, cela ne change pas grand-chose. Nous avons une coalition avec trois partenaires qui travaillent bien ensemble, de manière équitable, collégiale et efficace”, a-t-il dit. Christian Weis a ajouté que l’accord de coalition reste le cap commun, quel que soit le titulaire du poste.

Interrogé plus directement sur Pim Knaff, avec une allusion à l’affaire de fraude fiscale, Christian Weis s’est contenté de répondre qu’il constatait que Pim Knaff accomplissait “un travail concret et solide” comme échevin.

Enfin, sur son propre avenir politique, Christian Weis a affirmé qu’il aimerait rester bourgmestre d’Esch au-delà de 2029. Il a toutefois rappelé que la politique est, selon lui, “un sport d’équipe” et que ce type de décision se prend collectivement, avec le parti et l’équipe qui doivent le soutenir.

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