
Au Luxembourg, quand on parle de diversité en entreprise, à quoi pense-t-on en priorité? Aux nationalités? Aux langues? Aux parcours professionnels?
Visiblement, la réponse est tout autre, constate Catia Fernandes : "La thématique qui préoccupe le plus les entreprises est celle du genre". Autrement dit, l'égalité des chances pour les hommes et les femmes.
Ce constat est le résultat d'une étude menée dans le cadre de la Charte de la Diversité, une initiative d’entreprises privées et publiques dont Catia Fernandes est la coordinatrice. Cette charte, créée en 2012, n'est pas obligatoire et ne demande aucun pré-requis : chaque entreprise est libre de s'engager. Mais visiblement, le sujet est sensible puisque la charte compte déjà 174 entreprises signataires, qui représentent 65 000 salariés au Luxembourg.
Les engagements reposent sur six articles, qui vont de la sensibilisation à la promotion de la diversité, en passant par la création d'une politique en ce sens et des évaluations régulières.
Ce sont ces évaluations, communiquées et compilées toutes les deux ans, qui permettent d'établir un baromètre de la diversité. Et ainsi, la thématique du genre en entreprise arrive en haut du podium, devant l’équilibre vie privée/ vie professionnelle, les langues, l’État de santé et la maternité. La thématique de la nationalité n'est visiblement pas un gros problème, puisqu'elle arrive "bien plus bas" dans le classement.
Côté chiffres, Catia Fernandes note une tendance encourageante, même si la route reste longue : "Parmi nos signataires, 23% ont des conseils d’administrations qui ont plus de femmes que d’hommes, ce qui est un progrès par rapport à 2016. Au niveau des postes à responsabilités, les femmes restent minoritaires, à 33% environ".
Quant aux autres thématiques, elle constate que "le challenge pour les entreprises n’est pas tant de gérer les différentes nationalités, mais de gérer les différentes langues. Exemple très concret, dans une entreprise où la langue de travail majoritaire est le français, les non-francophones peuvent vite être exclus, donc l'entreprise va mettre en place un "English Monday", ce qui permet d’inverser l’effort linguistique le temps d’une journée."
Chiffres intéressants, les entreprises ont aussi communiqué les motivations qui les ont conduites à signer la charte. Dans l'ordre, "Les bénéfices souhaités et perçus sont en premier lieu une amélioration de leur image, en second avoir des comportements plus respectueux entre salariés, en troisième de meilleures conditions de travail, et en quatrième l’innovation et la créativité des équipes." Bref, la motivation numéro 1 ne serait pas tant la lutte contre les inégalités que la réputation!
Lors d'une récente conférence-débat sur la diversité en entreprise, organisée par le LISER à Esch-Sur-Alzette, une personne du public a rappelé qu'il existait une autre forme de diversité qui pouvait s'avérer discriminante : le racisme.
"La question de la diversité semble oublier celle du racisme" a témoigné une employée de la BIL. "Je suis née à Paris, je suis Française, mais ma couleur de peau et mon nom ne renvoie pas à la France, mais à l’Afrique. Je suis trop souvent confrontés à des questions liées à ça, plus qu’à mes formations et compétences.On est beaucoup à ressentir une barrière. Au niveau du recrutement, on a plusieurs décennies de retard, alors qu'on a une génération d’Africains nés en Europe, et qui n’ont pas envie qu’on les renvoie toujours aux réfugiés ou à l’Afrique. Dans les Big Four, on voit qu’il y a des noirs qui ont des responsabilités, mais ce n’est pas du tout le cas dans les autres sociétés."
La coordinatrice de la Charte de la diversité admet volontiers que, "la charte n’a jamais abordé cette thématique, à ce que je sache".
Retrouvez nos précédents articles sur le thème de la diversité en entreprise :
Le Luxembourg est condamné à la diversité