"Pour les usagers, ça ne change rien du tout. Quand on le voit comme ça, on ne voit pas de différence avec un asphalte conventionnel. Il est simplement un peu plus sombre", concède volontiers Philippe Reuter, responsable du Service écologique à la Ville de Differdange.
Et pourtant le nouvel asphalte qui vient d'être aplati par les rouleaux dans la rue de l'Hôpital à Differdange est le premier de ce type posé au Luxembourg et "c'est une solution très prometteuse", explique avec enthousiasme le même homme. Et il lâche aussitôt le pourquoi de ce choix: "C'est bon pour le bilan carbone!"
Alors que la rue de l’Hôpital devait être réaménagée, la Ville de Differdange a décidé de se lancer dans un projet pilote qui pourrait bien profiter à d'autres communes à l'avenir: "l’idée était d'intégrer du biochar dans l'asphalte", résume Philippe Reuter.
Le biochar est un matériau poreux et très riche en carbone. Il est obtenu par pyrolyse (une décomposition thermique à haute température, en l’absence d’oxygène) de biomasse résiduelle. En emprisonnant le carbone de manière stable à très long terme, il agit comme un puits de carbone.
L'expérimentation grandeur nature menée dans la rue de l'Hôpital a été soufflée à la Ville par la Fondation BAU (l'ex Conseil pour le développement économique de la construction) et l'entreprise Julien Cajot, spécialiste de l'asphalte. Et comme Differdange est une des 100 villes de la mission NetZeroCities qui visent la neutralité carbone d'ici 2030, elle multiplie les innovations pour réduire son empreinte environnementale et a accepté de faire ce test: "En intégrant le biochar directement dans la structure de la rue de l’Hôpital, nous transformons de simples infrastructures routières en de véritables leviers de décarbonisation, grâce à des solutions concrètes et immédiatement applicables", explique Zenia Charlé, échevine à l’Environnement et à la Mobilité.
Concrètement 200 tonnes d’asphalte enrichi à 3 % de biochar ont été compactées sur une surface de 1.650 m2, soit l’équivalent de près d'un quart d’un terrain de football. C'est l’équivalent de 6 tonnes de carbone séquestré, ce qui correspond grosso-modo au bilan carbone d'une personne dans une année.
Mais la rue choisie est en réalité un laboratoire à ciel ouvert. Cet asphalte enrichi en carbone a déjà été posé sur une piste cyclable aux Pays-Bas, mais ici les contraintes et forces physiques liées par la circulation des voitures et des camions vont être scrutées dans le temps: "Nous allons observer sur deux, quatre, cinq ans comment l'asphalte biochar se comporte, s'il se fissure, se déforme ou s'il y a d'autres problèmes et nous tenterons de voir si ça vient du biochar ou pas", explique le responsable du Service écologique.

Suite à cette expérimentation, Differdange décidera ou non de déployer à plus grande échelle cette solution de décarbonation sur son réseau communal.
"Notre rôle, en tant que commune pionnière, est d’ouvrir la voie et de tester les matériaux de construction de demain. Face à l’urgence climatique, nous ne pouvons plus nous contenter de méthodes traditionnelles", glisse Zenia Charlé en appuyant sur le partenariat public-privé qui fait "bouger les lignes" au profit de des concitoyens. "On demande beaucoup aux gens (tri des déchets, mobilité douce, etc.) mais la Ville doit aussi regarder sur ses propres chantiers pour améliorer son bilan carbone", explique Philippe Reuter.
Quant au coût de l'asphalte biochar, il est "2 à 3% plus cher. Le chantier coûte la même chose. Ce surcoût s'explique par l'intégration du biochar", résume Philippe Reuter.