Elle avait poignardé son frèreDrame de Schifflange: retour sur un verdict exceptionnel

RTL Infos
Il y a trois ans, une dispute entre un frère et une soeur s'était soldée par la mort de celui-ci. Retour sur un procès hors norme et son verdict inhabituel.

18 ans de prison avec sursis intégral, c'est le verdict rendu la semaine dernière en appel contre une femme qui avait poignardé mortellement son frère lors d'une dispute en 2021 à Schifflange. Un verdict exceptionnel, peut-être difficilement acceptable par certains. RTL a rencontré l'avocat de la prévenue.

Les faits remontent au 3 mai 2021. Le frère et la sœur, âgée alors de 36 ans, étaient à l'époque hébergés par leur mère. Une dispute avait éclaté entre eux dans la maison familiale et avait rapidement dégénéré. Après des attaques verbales contre sa sœur, il avait voulu s'en prendre physiquement à elle. Elle l'avait alors poignardé à cinq reprises dans le dos avec un couteau de cuisine. Cela faisait des mois et des années qu'elle et sa mère étaient harcelées par la victime.

© Domingos Oliveira / Archives RTL

Le verdict en appel de 18 ans de prison avec sursis intégral, dans un cas d'homicide, a soulevé de nombreuses questions. Pourquoi un aussi long sursis? Et pourquoi une personne qui a pris la vie d'une autre ne doit pas être emprisonnée? L'avocat de l'accusée, Maître Philippe Stroesser, explique: "Je pense que c'est une décision exceptionnelle, parce qu'il s'agit d'un dossier exceptionnel."

Dans cette affaire, il peut être difficile d'accepter le jugement pour ceux qui ne connaissent pas toute l'histoire. Mais si on la connaît, c'est tout à fait compréhensible. Les juges ont retenu de larges circonstances atténuantes, affirme l'avocat. Le jugement est lié à la personnalité de sa cliente, et d'une certaine manière, également à celle de la victime.

Un homicide complètement opposé aux autres

Dans ce dossier, beaucoup de choses sont inversées par rapport à d'autres cas d'homicides. "C'est la bonne personne qui se tenait ici devant le juge", dit Philippe Stroesser. Une femme qui n’a jamais eu d'ennuis avec la justice, qui est en couple, qui a un enfant et qui a toujours travaillé. Les enquêteurs de la police ont aussi enquêté dans l'entourage de la prévenue pour se faire une idée. Elle a été décrite comme une personne sensible, qui aidait les autres et ne recherchait pas les conflits.

La victime, son frère, était tout le contraire. Une personne qui se droguait, était alcoolique et s'en prenait physiquement aux femmes. Il était même agressif envers sa mère, chez qui il avait vécu deux ans, jusqu'à sa mort.

Les juges n'ont pas considéré que ma cliente devait être privée de sa liberté en allant en prison

Dans cet affaire, le verdict de première instance était déjà atypique: 18 ans de prison, dont 13 avec sursis. En raison d'autres circonstances particulières dont il a été tenu compte, il y a désormais un sursis intégral. "Les juges n'ont pas considéré que ma cliente devait être privée de sa liberté en allant en prison", selon Philippe Stroesser. Objectivement parlant, la prison est là pour protéger la société et sanctionner une personne. Mais dans ce cas, il n'était pas nécessaire de protéger la société. Et il y a déjà eu sanction, l'accusée ayant passé cinq mois en détention préventive.

Une condamnation à 18 ans de prison avec sursis intégral implique que la personne concernée ne doit pas commettre dans les années à venir d'infraction qui entraînerait une peine de prison. Si c'était le cas, elle devrait purger à la fois la nouvelle peine prononcée et les 18 ans de prison. En outre, l'avocat a souligné qu'il y a également des interdictions légales telles qu'exercer le droit de vote et des restrictions sur les possibilités professionnelles.

Devant le tribunal, la femme n’a jamais nié ce qu’elle avait fait. "Ce qui s'est passé est quelque chose que je n'oublierai jamais de toute vie", a-t-elle déclaré lors de son deuxième procès. Au prononcé du verdict la semaine dernière, la prévenue avait le souffle coupé. Elle a remercié les juges à plusieurs reprises et elle a éclaté en sanglots en allant rejoindre sa famille, qui assistait à l'audience.

Back to Top
CIM LOGO