
"J’ai des enfants et je pense à toutes ces mamans que j’ai vues. Ces mamans et qui ont dû passer la frontière en laissant leurs maris de l’autre côté, sans savoir si un jour elles allaient les revoir ", raconte Myriam Jacoby, 41 ans, responsable du Desk Ukraine pour la Croix-Rouge luxembourgeoise. "Les personnes âgées, c’est pire ! Elles ont dû faire le choix de tout quitter pour partir vers l’inconnu et doivent se reconstruire complètement".

"80% des gens arrivent à pieds, 20% passent la frontière en voiture. Ce sont des femmes et des enfants qui viennent de Mykolaïv, actuellement sous les bombardements", témoigne Rémi Fabbri, directeur de l'Aide internationale de la Croix-Rouge luxembourgeoise qui était dimanche à Palanca, le poste-frontière le plus au sud de la Moldavie.
Mykolaïv est considéré comme le verrou sur la route d’Odessa. La police de la frontière et les ONG qui voient passer plus de 10.000 réfugiés ukrainiens par jour à Palanca, le savent bien: "Si Odessa est attaquée, il va y avoir une arrivée massive de gens". La grande ville portuaire de la mer Noire est à une quarantaine de kilomètres à peine de la frontière moldave.

Il aura fallu quinze heures de vol et de route aux deux collaborateurs de la Croix-Rouge luxembourgeoise avant de parvenir samedi soir à Chisinau, la capitale moldave. En vérifiant par eux-mêmes, à bord d’un bus, qu’"on peut traverser la frontière entre la Roumanie et la Moldavie". Partis en mission de prospection, ils n’ont qu’une poignée de jours pour s’informer sur la situation précise sur le terrain et recouper leurs informations.
Aidés sur place par Vladimir Petrov, un Macédonien qui travaille depuis huit ans pour la Croix-Rouge luxembourgeoise, Myriam et Rémi ont rencontré le chef de mission du CICR (Comité international de la Croix-Rouge) avant de découvrir au pas de charge les points d’entrée des réfugiés à la frontière moldave et des camps de transition "où les gens passent juste une nuit avant de trouver un bus ou une voiture pour Chisinau ou la Roumanie", explique Rémi Fabbri.
Un camp de transition peut aussi bien être un ancien stade couvert, sans séparation entre les lits et avec des toilettes dans un état pitoyable, qu’un récent centre Covid aux cloisons impeccables et conditions de vie très acceptables.
Leur objectif est de définir d'ici demain où et comment la Croix-Rouge luxembourgeoise va intervenir pour soutenir activement l'accueil des milliers de réfugiés qui traversent tous les jours la frontière entre l’Ukraine et la Moldavie, pays parmi les plus pauvres d’Europe. Depuis le début de l’invasion russe le 24 février, 2,8 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays. La Moldavie compte 2,6 millions d’habitants.

"Le vrai besoin est en Ukraine mais c’est devenu trop dangereux : il y a la guerre et on ne peut pas déployer une équipe en Ukraine", explique Rémi Fabbri. En attendant de pouvoir déployer une ERU (Emergency Respons Unit), une équipe composée de quatre à cinq collaborateurs relayée tous les mois, le Luxembourg vise la mise en place d’un bureau provisoire en Moldavie. Bureau de la Croix-Rouge qui pourrait être partagé avec la Suisse. "C’est en discussion", concède Rémi Fabbri.
Plusieurs pistes de missions très pratiques seront envisagées ce mercredi lors de l’entrevue-clé avec la présidente de la Croix-Rouge moldave. Le directeur de l'Aide internationale au Luxembourg proposera de répondre à des besoins très spécifiques d’orientation des réfugiés qui déboulent aux frontières. Des toilettes sèches pourraient voir le jour le long de la file d’attente qui s’étend sur des centaines de mètres. Parmi les besoins primordiaux figurent des câbles de recharge pour batterie de téléphone portable, mais aussi des petits kits d’hygiène avec brosse à dents, savon et gel pour les mains.
Vladimir Petrov va rester sur place quand ses deux collègues reviendront planifier et quantifier les besoins à Luxembourg. Avec un gros pincement au cœur pour Myriam Jacoby qui va devoir laisser derrière elle, son équipe de volontaires embourbée au cœur du conflit à Kramatorsk, à l’Est de l’Ukraine. La guerre a subitement mis fin aux projets de reconstruction d’hôpitaux et de centre de santé que la Croix-Rouge luxembourgeoise mène là-bas depuis 2015.
Tous les jours Myriam téléphone à ses collègues pour s’enquérir de leur état. "Ce matin ma collègue Oleksandra m’a dit : "J’essaye de survivre". Elle m’a raconté qu’ils ont bombardé toute la nuit et que la maison de son petit ami a été complètement détruite. Personne n’a été touché. Ils ont pu s’abriter en souterrain. Mais je me dis que même ici, on est loin de la réalité".