Université du LuxembourgDeux audits pour vérifier le bien-fondé des reproches

Michèle Sinner
traduit pour RTL Infos
Ce sont deux audits qui vont être réalisés afin de vérifier si les nombreuses critiques récentes à l’égard de l’Université du Luxembourg sont fondées. Mais même ceux‑ci ne font pas l’unanimité.
L’Université du Luxembourg a été la cible de nombreuses critiques ces derniers temps.
© RTL (archive)

L’Université du Luxembourg a été la cible de nombreuses critiques ces derniers temps, pour favoritisme, harcèlement, non-respect des procédures en matière de recrutements ou de promotions.

C’est dans le contexte de ces accusations que deux audits vont être menés. Pour y voir plus clair, Michèle Sinner, fait le point sur les questions les plus importantes.

Pouurquoi deux audits, un de l’Uni.lu et l’autre du ministère ?

L’université a réagi elle-même à la forte pression de ces derniers mois en annonçant un audit externe. Mais en janvier, les députés de la Commission de l’Enseignement supérieur n’ont pas été convaincus par le fait que l’audit soit commandité par l’Uni.lu elle‑même, puisque l’auditeur suit généralement celui qui le rémunère. La ministre Stéphanie Obertin a alors promis un audit externe financé par le ministère. Les deux audits sont censés, du moins en théorie, vérifier des aspects différents.

Que doivent examiner les audits ?

Pour résumer grossièrement, l’audit du ministère va vérifier si la loi et les réglementations ont bien été respectées depuis 2018 au sein du Conseil des gouverneurs, du rectorat et des autres instances — donc au niveau de la direction. Tandis que celui de l’Université portera sur les pratiques organisationnelles et le climat de travail, selon le Conseil des gouverneurs et le rectorat — donc la direction. Dans le détail, il est cependant difficile d’établir une séparation nette entre les deux. C’est pourquoi Sven Clement, élu du Parti pirate, a déclaré mardi après la séance de la commission parlementaire : “Soyons sérieux, les problèmes de gouvernance entraînent des problèmes de personnel. Et les problèmes de personnel révèlent les problèmes de gouvernance.

Quelles critiques sont formulées sur la procédure telle qu’elle se déroule actuellement ?

Sven Clement et d’autres auraient préféré un seul et unique grand audit externe. Mais les députés ont soulevé d’autres problèmes mardi. La députée verte Joëlle Welfring, par exemple, a remis en question l’indépendance du processus, puisque les auditeurs doivent faire un rapport hebdomadaire au ministère. Elle estime que ce suivi est un peu trop proche.

La ministre Stéphanie Obertin a toutefois précisé après la réunion que le commissaire du gouvernement auprès de l’Université du Luxembourg, Léon Diederich, ainsi que son conseiller Romain Martin, qui était professeur à l’Uni.lu, ne font pas partie du comité de pilotage.

Conflits d’intérêts structurels

Les députés critiquent aussi le fait que les auditeurs ne doivent parler qu’avec des personnes qui font partie de cette gouvernance, donc des structures de pouvoir : doyens, chefs de département ou membres du Conseil universitaire. Or, les enquêtes de la presse ont montré que l’accès à ces postes ne se fait pas toujours de manière démocratique.

Il est dès lors peu probable, par exemple, qu’un chef de département ayant obtenu son poste grâce à une élection manipulée dise aux auditeurs : “Ah ! Je suis ici parce que les élections ont été truquées.” C’est un gros problème. Ou qu’un membre du Conseil des gouverneurs déclare : “Oui, j’ai un conflit d’intérêts dont je n’ai rien dit jusque‑ici. Notez‑le maintenant pour votre audit.”

Liz Braz, députée LSAP, a déclaré après la réunion de la commission : “Je pense qu’il faut entendre les personnes concernées : les personnes qui ont travaillé à l’Université, celles qui ont démissionné, celles qui y travaillent encore aujourd’hui, celles qui ont déjà exprimé leurs doléances via le statut de lanceurs d’alerte, et qui sont peut-être déjà passées par les tribunaux. Je crois que ce sont vraiment ces personnes‑là qu’il faut écouter pour pouvoir rédiger un audit sur la gouvernance.

La crainte de représailles pourrait influencer les témoignages

Il n’est donc pas prévu d’entendre ces personnes dans l’audit commandité par le ministère. Mais dans celui mené par l’Université, davantage de personnes devraient être consultées. Les députés se demandent toutefois si elles pourront s’exprimer librement. Françoise Kemp, élue CSV, a expliqué que “beaucoup de personnes ont peur, et il faut vraiment prendre cela au sérieux : elles n’osent plus donner honnêtement leur avis. Il faut être très prudent et leur garantir qu’il n’y aura aucune représaille.

David Wagner, député déi Lénk, est lui aussi en contact avec des personnes de l’Université qui dénoncent des problèmes, et il partage cette inquiétude : “Et ensuite, elles devraient participer à un audit commandité par le Conseil de gouvernance, qui est lui‑même au cœur de la tempête. La question se pose de savoir si les gens participeront vraiment et s’ils diront ce qu’ils veulent dire, même s’ils obtiennent des assurances.

Le calendrier des audits

L’audit du ministère ne doit durer que dix semaines. Ce qui est un peu court si l’on prend la tâche au sérieux. Il devrait donc être terminé avant l’été.
Quant à celui de l’université, le calendrier ne sera établi qu’une fois la méthodologie des auditeurs définie, comme indiqué dans le cahier des charges. Cela prendra donc encore du temps.

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