Banques et entreprises Des "taux d'usure" pour des lignes de crédit?

François Aulner
D'un côté, les banques communiquent sur les moratoires de crédit proposés aux entreprises, de l'autres elles pratique des taux très élevés sur les lignes qu'elles ouvrent à leurs clients. Explications.

Plus de 5% d’intérêts pour une ligne de crédit: c’est ce que un restaurateur de Luxembourg-Ville s'est vu demandé par sa banque pour emprunter 70.000 euros pendant trois mois, le temps de "tenir le coup pendant les mois de fermeture".

Il s'indigne: "Comment est-ce possible que la BGL BNP Paribas me demande plus de 5% d'intérêt pour une ligne de crédit alors que la Banque centrale affiche des taux de refinancement négatifs?"

D'autres commerçants, un institut de beauté et un bar, nous ont confié le même genre de pratiques y compris par d'autres banque, avec des taux entre 4 et 5%.

Différents acteurs du secteur financier nous éclairent pour expliquer comment ces taux sont fixés à partir de trois éléments principaux:

  • combien la banque doit payer pour le cash?
  • quel est le risque?
  • et ensuite quand même, il faut une marge.

Une banque reste une entreprise privée et n’est "pas une œuvre de charité", dit Claude Wampach, l’un des directeurs de la CSSF, la Commission de surveillance du secteur financier. Quand la banque prête de l’argent, elle aimerait récupérer l’argent.

Il faut aussi garder en tête la crise bancaire de 2008: les banques doivent être plus prudentes et ne pas prendre trop de risques: "La CSSF veille à ce que l’estimation du risque soit inclue dans le prix (…) sinon la CSSF ne s’immisce pas dans la politique commerciale des banques, ce qui signifie que les taux sont fixés par la concurrence entre les banques."

Le taux de 5,35% n’est-il déjà pas un indicateur que le risque est élevé et qu’il faudrait mieux qu’il ne soit pas accordé ? "Une banque doit décider si elle veut prendre ce risque-là ou pas. Les banques prennent aussi certains risques plus élevés, mais elles se font payer pour ça", selon Claude Wampach.

Une ligne de crédit se distingue également d’un prêt classique, où des estimations plus claires peuvent être réalisées. Avec une ligne de crédit, il y a plus d’incertitudes pour les banques. Cela mis à part, l'argent liquide est très cher en ce moment, parce que les marchés manquent de liquidités à cause de la crise sanitaire.

L'ABBL, l'Association des banques luxembourgeoise, nous a fourni sa position par écrit: "les banques examinent toutes les demandes sur base de la situation individuelle du client et sur les garanties qu’il peut fournir ou pas. Des cautionnements personnels peuvent être demandés. Il est par ailleurs tenu compte de l’historique des prêts du client."

Pour conclure, l’ABBL ajoute que les banques se sont engagées à ne pas profiter de la situation de crise.

La BGL BNP Paribas a également répondu à nos sollicitations. Pour des raisons de confidentialité, la banque ne communique aucun détail relatif aux dossiers de clients. Les taux sont régulièrement vérifiés et adaptés afin "d’aider du mieux possible les clients dans ce contexte exceptionnel", selon la BGL BNP Paribas.

Il n’y a pas de seuil légal des taux d’intérêt à partir duquel on pourrait considérer un taux comme "usurier".

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