
Cette fois, c'est au tour des stations-service du Luxembourg qui subissent le coup de pompe. Pour la première fois en 36 ans, c'est de l'autre côté de la frontière que l'on peut trouver le carburant le moins cher. Notamment en Allemagne, où les prix viennent de baisser grâce à une remise gouvernementale.
Si les prix luxembourgeois ont à nouveau légèrement baissé cette semaine, on constate déjà que les frontaliers ne font plus nécessairement le plein au Grand-Duché. Et cette tendance pourrait se poursuivre, selon l'avenir réservé aux remises gouvernementales sur les carburants.
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Ce mardi 15 juin, un plein de 50 litres coûte 10€ de moins au Luxembourg qu'en Allemagne. Et quatre à cinq euros de moins sur le plein d'essence. Mais la semaine passée, le sans-plomb était moins cher chez le voisin allemand.
D'après Michael Weber, des stations Roth Energie, il est encore rare que des Luxembourgeois viennent faire le plein de l'autre côté de la frontière. En revanche, les frontaliers font des infidélités au Grand-Duché. "Je pense que oui, si vous venez du Luxembourg pour faire vos courses ici, vous profitez de l'occasion pour faire le plein. Mais maintenant juste pour faire le plein, je ne pense pas. Par contre, l'Allemand reste ici pour faire le plein et ça se voit déjà aux ventes". Le distributeur allemand, qui exploite plusieurs stations dans la zone frontalière, constate une hausse de son chiffre d'affaires d'environ 25%.

Retour au Luxembourg, à Wasserbillig. C'est beaucoup plus calme, nous disent les gérants de plusieurs stations. De nombreux clients, surtout ceux qui ont des véhicules de société, continuent malgré tout de faire le plein ici par habitude. "En route, nous faisons toujours le plein quand nous retournons à Trèves ou sur le chemin du chantier, nous faisons le plein ici."
Quand nous faisons remarquer qu'ils le font alors que c'est moins cher en Allemagne, la réponse est: "Oui, mais c'est sans doute aussi l'habitude, c'est plus facile pour nous de faire le plein au Luxembourg. Si vous comparez maintenant les informations en Allemagne, avec la remise sur les carburants, vous ne venez pas voir. Les grands groupes font cela pour encaisser." C'est ce qu'a répondu un client. Celui-ci n'aurait cependant pas comparé les prix entre les stations en Allemagne et au Luxembourg.
Nous avons jusqu'à 40% de pertes dans la zone frontalière allemande, nous dit l'exploitant d'Esso, qui compte 24 stations-service au Luxembourg. Les prix d'achat élevés, qui profitent sans doute aux grands groupes, ne sont pas un cadeau pour les distributeurs, selon Paul Kaiser de Petro-Center SA. "Les prix sur les marchés, là où nous achetons, ils ont véritablement explosé. C'est allé très vite et cela prend bien sûr quelques jours jusqu'à ce que nous répercutions le prix à la pompe et cela se produit ensuite plusieurs fois et l'impact était tellement énorme, c'était un multiple de notre marge normale. En mars, l'ensemble du secteur a fait des millions de perte."
Il y a eu ensuite les remises sur les carburants. En France, une remise de 18 centimes au litre a été mise en place le 1er avril. En Allemagne, une remise de 35 centimes sur l'essence et de 17 centimes sur le diesel est appliquée depuis le 1er juin.
Des remises plus importantes que les 7,5 centimes accordés au Luxembourg, explique Paul Kaiser. "Les mesures allemandes et l'intervention sur les prix, elles vont jusqu'à fin août et les luxembourgeoises s'arrêtent en principe fin juillet. Nous aurons donc encore un mois d'août très très difficile si rien n'est fait."
L'argument selon lequel on ne pourrait pas réduire de beaucoup plus de 7,5 centimes au Luxembourg en raison des valeurs minimales européennes, serait à éviter, selon Paul Kaiser. "Je vois dans l'exemple du fuel de chauffage, où les accises ne sont pas aussi élevées, comment l'intervention de 7,5 centimes TVA comprise a été décidée et là, c'est versé sous forme de subsides ou d'aides aux entreprises et on aurait aussi pu faire ainsi sur le carburant."
Du côté du ministère des Finances, le discours est le suivant: "La remise temporaire de 7,5 centimes au litre sur l'essence et le diesel, fait partie du "paquet de solidarité" (Solidaritéitspak) - et a été élaborée dans le cadre des négociations sur ce paquet, afin de maintenir le pouvoir d'achat de la population et de donner de la confiance et davantage de prévisibilité aux entrepreneurs. (...) La remise carburant dans sa forme actuelle est un bon compromis pour soulager les gens pendant une certaine période, sans que nous oubliions nos objectifs dans le domaine du climat et de la transition énergétique. Le gouvernement gardera bien sûr un œil sur la situation des prix de l'énergie, qui fluctuent beaucoup momentanément. Il faut aussi comprendre ici que l'essentiel du prix final est déterminé par les évolutions sur le marché mondial et non par la fiscalité. L'augmentation est donc principalement due au contexte géopolitique entourant la guerre en Ukraine."
Le secteur comprend qu'avec les objectifs climatiques, le gouvernement a d'autres priorités que de soutenir les énergies fossiles, mais il faudrait aussi financer la transition énergétique. Une chose est sure, le recul du tourisme à la pompe pourrait se faire sentir dans les caisses de l'État.
NDLR: En Allemagne, les prix peuvent varier plusieurs fois par jour et d'une station-service à l'autre. Cet article peut donc présenter des montants dont la valeur a déjà évolué.
Le reportage de RTL en luxembourgeois: