Jean-Claude Juncker au micro de RTL "Ce que j'aimais le plus faire", c'était d'être ministre du Travail

Céline Eischen
traduit pour RTL Infos
L’accord tripartite est substantiel et suffisamment large, c'est la conclusion à laquelle est parvenu Jean-Claude Juncker, ancien ministre d’État, samedi dans l'émission "Background" de RTL. Il y a aussi été question de finances publiques, de son parti, le CSV et du climat politique en Europe.
© René Pfeiffer

Le déclenchement de la réunion tripartite aurait pris trop de temps à son goût, mais il a été judicieux de ne pas se contenter de discuter des prix de l'énergie - comme cela avait été annoncé au départ par Luc Frieden - et de trouver des solutions efficaces. Selon lJean-Claude Juncker l'augmentation du salaire minimum est une bonne chose, même s'il reste difficile de pouvoir en vivre confortablement.

L'indexation des salaires est cruciale pour la paix sociale, affirme Jean-Claude Juncker. Mais en temps de crise, il faut pouvoir envisager son plafonnement, estime l'ancien Premier ministre. C'est une question de justice sociale. Des personnes comme lui seraient d'accord pour que l'indice soit plafonné.

"Hors crise et en période de stabilité, on peut laisser l'indice tel quel, mais si la situation se dégrade, le plafonnement est un élément à prendre en compte, ce que font les Belges actuellement et ce que les syndicats refusent. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, les Belges ne sont pas plus stupides que nous", a expliqué Jean-Claude Juncker.

Il se dit surpris que le coût de l'accord tripartite ne suscite pas davantage de réactions.

"Je sais que le ministre des Finances, car j'en discute avec lui, est très préoccupé par cette question et très soucieux de consolider les finances publiques luxembourgeoises. Mais auprès du grand public, un plan comme le paquet "résilience" de 450 millions d'euros ne suscite pas vraiment d'énervement".

La grande réforme fiscale que le gouvernement souhaite mettre en œuvre durant cette législature devrait arriver – la seule question est de savoir si elle ne sera pas trop coûteuse.

"La réforme fiscale est claire dans ses grandes lignes, et ces grandes lignes sont parfaitement claires pour le ministre des Finances. Ces grandes lignes et leur coût ont été définis avant la guerre en Iran, avant toute la confusion que nous observons dans le monde, une confusion insupportable qui prend parfois des formes répugnantes. Il faut donc se poser avec la plus grande attention les questions suivantes : quand agir, quelle partie de ce vaste plan fiscal et pour quelle année ?", estime Jean-Claude Juncker.

Selon lui trop de personnes ont été employées par l'État ces dernières années. Il ne serait pas judicieux de créer plus d'emplois dans la fonction publique que dans le secteur privé.

Le CSV a-t-il un problème d'image ?

Faisant référence aux récents résultats des sondages de son parti, Jean-Claude Juncker a déclaré que c'était un avertissement pour le CSV. Cependant, cela signifie aussi que le CSV est le partenaire de coalition le plus fort et il est donc davantage tenu responsable. En réalité, il n'y aurait jamais assez de "S" dans le CSV, a affirmé l'ancien ministre d'État. Le "S" ne signifie pas seulement politique sociale, mais politique sociétale. C'est pourquoi, en tant que ministre du Travail – mandat que Jean-Claude Juncker considère d'ailleurs aujourd'hui comme son préféré de toute sa carrière – il s'est toujours opposé à une flexibilité excessive du droit du travail.

"L'idée, qui a longtemps dominé la vie politique en Europe, selon laquelle il faudrait retirer toujours plus de droits aux travailleurs pour améliorer l'économie et, par conséquent, le sort des plus démunis, est une théorie que je n'ai jamais partagée", a expliqué Jean-Claude Juncker.

La flexibilisation du droit du travail a été un point de discorde majeur entre le gouvernement et les syndicats ces derniers mois, mais l'ancien Premier ministre n'est pas entré dans les détails.

Normalisation des dépenses militaires élevées

Pour que l'Union européenne puisse jouer un rôle plus important sur la scène internationale, il faudrait abolir le principe d'unanimité, notamment en matière de politique étrangère. Les dépenses militaires devraient augmenter, cela ne fait aucun doute pour lui, mais Jean-Claude Juncker est préoccupé par la manière dont ce sujet est débattu en Europe et au Luxembourg.

"J'ai fait partie du mouvement pacifiste luxembourgeois, même lorsque j'étais Secrétaire d'État. Et je préférais le discours de l'époque à celui d'aujourd'hui. Si je considère le tripartite, la réforme fiscale, les dépenses militaires massives au Luxembourg – des milliards ! Surtout dans le domaine de la Défense – et la façon si évidente dont on aborde l'augmentation des dépenses de défense au Luxembourg, il y a quelque chose dans ce discours qui me dérange."

L'ancien commissaire européen ne se considère pas comme un médiateur pour la paix dans la guerre en Ukraine, contrairement à ce que le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel, avait proposé, selon Jean-Claude Juncker.

"En tant qu'Européens, nous affirmons deux choses : que nous n'abandonnerons pas l'Ukraine, qu'elle ne doit céder aucun territoire, et que nous débattons de son adhésion à court terme à l'Union européenne. Comment voulons-nous convaincre, en tant que médiateurs, dans une telle confusion ? Qu'avons-nous à proposer dans cette médiation ? C'est pourquoi j'ai pris cette décision, partagée par de nombreuses personnes comme Xavier Bettel. Il est de la responsabilités de ceux qui sont en responsabilités de décider et non de miser sur d'anciens parrains."

Même si l'on parvenait à un accord sur l'adhésion de l'Ukraine à l'UE, cela ne ferait pas partie "du spectre de ses ambitions", a déclaré l'ancien président de la Commission européenne.

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