
Le Luxembourg n'est-il bon qu'à vendre du carburant et des cigarettes? Si cette image très réductrice lui colle encore à la peau au-delà de ses frontières, ce n'est pas un hasard.
Après avoir appris la semaine dernière que plus de 77% du carburant était vendu à des non-résidents, le ministère de l'Environnement vient de révéler d'intéressantes données concernant les ventes de tabac. Dans une réponse à une question parlementaire de Sven Clement (Piraten), Carole Dieschbourg a indiqué qu'en 2018, il s'était vendu trois milliards de cigarettes au Luxembourg. Mais leur faible taxation par rapport aux pays voisins attire une clientèle étrangère importante. Ainsi, 80% de ces trois milliards ont été "fumées à l'étranger" précise la ministre. Traduction: 80% ont été vendues à des clients qui ne vivent pas au Luxembourg.
S'il est évidemment hasardeux d'affirmer que les cigarettes achetées par des non-résidents sont toutes fumées en-dehors du Grand-Duché, ce "tourisme à la clope" représente environ 2,4 milliards de cigarettes vendues à une clientèle étrangère, pour 600 millions par des résidents luxembourgeois.
Les ventes de cigarettes ont beau doper les revenus fiscaux de l'État luxembourgeois, elles créent aussi un sacré paquet de problèmes sanitaires et environnementaux. Toujours d'après la ministre, les 600 millions de cigarettes fumées au Luxembourg ont produit environ 132 tonnes de mégots. Combien ont fini écrasés sous une chaussure, jetés dans un caniveau ou abandonnés en bord de route? Le ministère ne dispose d'aucun chiffre, mais estime, grâce à des enquêtes menées à l'étranger, que jusqu'à 2/3 ont pu finir dans la nature. Un "petit déchet" source d'une "grande pollution" comme le rappelle sa campagne de prévention de 2017, puisqu'une cigarette contient environ 4.000 substances chimiques. De mai 2018 à mars 2019, seuls 49 avertissements taxés de 49€ ont été adressés à des citoyens peu regardants du devenir de leurs mégots et autres emballages de chewing-gum.