"Nous y sommes arrivés"67 % des réfugiés ont un emploi en Allemagne, selon un chercheur

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
Herbert Brücker, directeur de l’Institut de recherche sur l’intégration et la migration et professeur à l’université Humboldt de Berlin était l’invité de la rédaction de RTL mardi matin. Il a été question de la migration en Europe.
© Annick Goerens

"Nous y arriverons", avait déclaré l’ex-Chancelière allemande Angela Merkel à propos de l’importante vague de réfugiés de 2015. "Et du point de vue du marché du travail allemand, nous y sommes arrivés", a affirmé mardi sur RTL le Professeur Herbert Brücker, chercheur en migration. Le directeur de l’Institut de recherche sur l’intégration et la migration et professeur à l’université Humboldt de Berlin était l’invité de la rédaction de RTL mardi matin.

À ce jour, 67 % des personnes accueillies en Allemagne exercent une activité professionnelle, un taux proche de la moyenne, qui s’élève à 70 %. À cela s’ajoutent encore 5 % de travailleurs indépendants. En 2015, Herbert Brücker estimait au maximum que seuls 50 % d’entre elles parviendraient à s’insérer sur le marché du travail, a-t-il indiqué.

Les femmes réfugiées nettement désavantagées

Les femmes réfugiées ne sont toutefois employées qu’à hauteur de 40 %, indique le chercheur en migration. Cette situation a également été analysée. Le facteur principal serait le nombre d’enfants : les femmes réfugiées ont en moyenne 3 enfants, contre 1,2 pour une femme allemande. Or, l’offre en matière de garde d’enfants est mauvaise. Les femmes sont nettement désavantagées : "Les hommes participent à peu près aussi peu aux tâches ménagères que les hommes allemands, c’est‑à‑dire très peu", souligne‑t‑il. C’est là le point central. À cela s’ajoute le fait que de nombreuses femmes, notamment originaires d’Afghanistan, disposent d’un niveau d’éducation très faible, souvent limité à l’enseignement fondamental lorsqu’elles ont été scolarisées. Enfin, elles ont également vécu des expériences nettement plus traumatisantes que les hommes au cours de leur vie, ce qui a un impact sur leur état de santé.

Le facteur  "temps" est déterminant pour l’intégration sur le marché du travail

La réussite de l’intégration a d’abord été favorisée par une réduction drastique de la durée des procédures d’asile. Les personnes concernées ont été immédiatement envoyées dans des cours de langue et d’intégration. Des investissements ont également été réalisés dans la formation et l’accompagnement vers l’emploi. Trois à quatre ans plus tard, on a constaté que les taux d’emploi ont nettement progressé. Le facteur temps est lui aussi essentiel : plus une personne reste longtemps sans travailler, plus il lui devient difficile de se faire embaucher. Un phénomène constaté également chez les chômeurs allemands.

Une erreur majeure : installer des réfugiés dans des régions pauvres en structures d'accueil

Une erreur importante commise en Allemagne a été d’installer de nombreux réfugiés dans des régions aux structures d'accueil moins développées. Le logement y est certes moins cher, mais les conditions sur le marché du travail y sont moins favorables. Cela aurait fait baisser les taux d’emploi de 5 à 6 points de pourcentage.

Le deuxième problème réside dans la perception contrastée de la "culture de l’accueil" en Allemagne. Dans de nombreuses régions, celle‑ci est très marquée et positive. Mais il existe également une forte culture de la haine et, dans les zones où celle‑ci se manifeste, l’intégration se déroule beaucoup plus mal.

L’intégration fonctionne‑t‑elle mieux dans les villes qu'à la campagne ?

À cette question, le professeur répond qu'en Allemagne, la situation dépend fortement du Land. Dans plusieurs régions d’Allemagne de l'Est, c’est clairement le cas. Mais on trouve également, en Allemagne de l’Ouest, certaines régions où le refus des réfugiés est profondément ancré, avec de nombreuses manifestations d’extrême droite.

Il est aussi possible de le mesurer scientifiquement : là où les ressentiments négatifs sont les plus marqués et où l’on retrouve une forte hostilité sur les réseaux sociaux, les taux d’emploi ainsi que les salaires sont inférieurs de 5 à 6 %. C'est pourquoi des analyses ont notamment porté sur le soutien électoral aux partis populistes de droite, sur la participation à des manifestations d’extrême droite ainsi que sur les contenus publiés sur les réseaux sociaux, explique le professeur.

Le Luxembourg aurait également besoin de procédures d’asile plus courtes

Au Luxembourg aussi, l’intégration des réfugiés bénéficierait d’une accélération des procédures d’asile, d’un renforcement des cours de langues et d’un accès facilité au marché du travail. Il serait également important de supprimer immédiatement l’interdiction de travailler en début de procédure, jugée totalement superflue par le chercheur.

En Allemagne, on observe par ailleurs une concentration des réfugiés dans certains secteurs professionnels. Les femmes exercent souvent des métiers essentiels dans les domaines de la santé et du social, tandis que les hommes sont principalement actifs dans les secteurs des transports, de la logistique et de l’artisanat. Il s’agit donc aussi souvent de professions moins bien rémunérées, mais indispensables. Ces emplois ne sont toutefois pas exclusivement peu qualifiés : le plus important groupe de médecins étrangers en Allemagne est par exemple constitué de Syriennes et de Syriens, explique le chercheur en migration Herbert Brücker.

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