“Après plusieurs jours de mobilisation, on a vu qu’on n’était pas entendu et que le gouvernement faisait la sourde-oreille”, c’est pourquoi “on a durci le mouvement et que la manifestation est montée d’un niveau”, explique Dimitra Norsa, secrétaire général de la CGT Moselle. Et si les près de 17.000 manifestants (9.800 selon la police), qui ont fait bien du bruit dans les rues de Metz ce mardi 7 mars, ne parviennent toujours pas à faire entendre raison au gouvernement Macron, “la grève sera reconductible jusqu’à la gagne”, assure le syndicaliste.
Une déclaration lourde de sens alors que l’on a assisté une nouvelle fois à une mobilisation massive puisque partout en France, les cortèges étaient très fournis mardi, à un niveau comparable à la mobilisation record du 31 janvier. La préfecture de Moselle était envahie pour la sixième fois en l’espace de sept pour le même motif: dire “stop” au report de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, à quelques jours d’une probable adoption de la réforme au Sénat.
Ce 7 mars étant “le” point d’orgue d’un mécontentement qui n’a cessé de s’élargir et de grandir, au point que les syndicats, fort d’un vrai soutien populaire, sont parvenus à mettre en grande partie “la France à l’arrêt”.
Mardi, le bruyant cortège messin est parti vers 14h30 de la Place Mazelle, pour se diriger du quartier gare vers la Place de la République, traverser le centre-ville via la rue des Clerc et aboutir Place de la Comédie.
“On touche moins en retraite, il y a l’inflation, il n’y a plus rien qui suit. Bientôt on va aller travailler et on aura juste de quoi payer ce qu’on a à payer et va falloir aller faire la manche pour aller manger”, lance Edwige 56 ans, employée polyvalente dans la grande distribution. Ce sentiment d’être “pressé” de toutes parts est largement répandu dans le cortège. Tout comme celui d’Amandine, 37 ans, qui “en a marre des mensonges et de se faire manipuler par une minorité de riches”.
“On se rend compte de l’ineptie de cette réforme qui va avoir un impact non négligeable sur l’ensemble de la population féminine et plus largement. Aujourd’hui on se pose la question d’une meilleure répartition des richesses et climatique. Ce qui est proposé est complètement en décalage avec l’air du temps”, estime David Donnez.
“Macron doit prendre conscience qu’à 64 ans, on ne peut pas survivre dans tous les métiers. Ce n’est pas possible! On n’en finit plus!”, s’énerve presque Edwige. Tandis que “les jeunes ne sont pas au travail!”, souligne à ses côtés, sa collègue Valérie, 57 ans, venue pour dénoncer de difficiles conditions de travail, les salaires et la retraite... qu’elle voit s’éloigner encore un peu plus alors qu’elle rencontre “des problèmes de santé, comme tout le monde”.
“À 70 ans j’ai de graves problèmes de santé. C’est dû à l’usure au travail”, assure Christian, qui a longtemps travaillé dans la métallurgie avant de devenir cariste-magasinier dans l’automobile. Il est confronté à un autre souci aujourd’hui: la difficulté de trouver un rendez-vous chez un médecin dans un délai raisonnable. “Ils ne nous donnent même pas les moyens de nous soigner en travaillant plus longtemps!”, constate-il avec une certaine amertume.
“Les frontaliers français ont aussi des carrières et des retraites françaises et il seront impactés par la modification de la retraite prévue par le gouvernement Macron et notamment le passage à 64 ans”, assure
Christian Simon-Lacroix, responsable des frontaliers français pour l’OGBL.
Car “entre le Luxembourg et la France, le pays le moins disant c’est la France. Ce qui veut dire que ceux qui ont des carrières mixtes et qui sont obligés d’attendre les deux retraites , ça va reculer de trois à quatre ans leur départ en retraite”.
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Cette sixième journée depuis le lancement de la contestation marque le lancement de grèves reconductibles dans plusieurs secteurs comme les transports, les raffineries, l’énergie, le commerce ou les déchets.
La semaine sera émaillée d’autres mobilisations, en parallèle des débats au Sénat où le gouvernement compte sur l’adoption de la réforme d’ici dimanche. Il envisage “un vote le 16 mars” dans les deux chambres.
Une nouvelle réunion de l’intersyndicale est prévue ce mardi soir pour décider des suites du mouvement. Dès ce mercredi 8 mars un nouveau rassemblement est prévu à 14h00 devant le Centre Pompidou à Metz.
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