
Un trois pièces meublé au dernier étage d’un immeuble de Thionville (Moselle): la justice propose cet hébergement temporaire à certains auteurs de violences conjugales pour les tenir éloignés de leur victime tout en leur apportant un cadre pour se stabiliser et réduire les risques de récidive.
Dans le salon lumineux, où un petit balcon ouvre sur une vue des hauteurs de la ville, Alexandre (le prénom a été modifié à sa demande) s’estime chanceux d’avoir pu bénéficier de ce dispositif.
Condamné en janvier à huit mois de prison, dont quatre avec sursis, pour des faits de violences conjugales, et interdit d’entrer en contact avec son ex-compagne, il n’avait pas d’autres solutions d’hébergement. “C’est ça ou j’aurais été dehors, ou chez un pote”, explique-t-il.
La justice a ce “besoin spécifique” d’héberger certains auteurs “qui n’ont pas de solution et ne peuvent pas se payer l’hôtel” mais doivent être “tenus éloignés du domicile conjugal”, rappelle Brice Partouche, procureur de la République de Thionville.
“Certains dorment dans leur voiture”, pointe le magistrat. “Ça fait porter un poids psychique supplémentaire à la victime”, qui “a déjà souvent du mal à déposer plainte”.
Elle peut “culpabiliser”, voire accepter un retour de l’auteur des violences au domicile conjugal.
Avec une hausse du contentieux lié aux violences conjugales (900 affaires par an à Thionville, contre 200 il y a cinq ans), les mesures d’éloignement se multiplient, tant dans le cadre du contrôle judiciaire avant jugement, que dans les peines prononcées par le tribunal. Mais “tous n’ont pas les moyens de se payer un hôtel” ou des proches susceptibles de les accueillir.
Une convention passée avec le 115 permet de débloquer des places d’hébergement d’urgence mais “les places peuvent être rares, surtout en hiver”, et donc insuffisantes, rappelle le procureur.
L’appartement, créé à l’initiative du tribunal de Thionville et de l’Association Est Accompagnement (AEA) est prévu pour être occupé durant quelques mois tout au plus par l’auteur de violences, soit dans l’attente de son procès, soit dans le cadre de sa période de sursis probatoire après condamnation. “C’est un peu un rebond, pour des durées très courtes”, soulève M. Partouche.
“Je suis bien conscient de la chance que j’ai eue”, surtout qu’il n’y a qu’un appartement de ce type pour l’instant à Thionville, estime Alexandre, ravi de rester proche de son fils de 9 ans, scolarisé tout près. Une chambre a été aménagée pour lui. “J’espère juste avoir autre chose” au moment de quitter le dispositif, souffle-t-il.
L’AEA, qui pilote le dispositif, fait signer un “contrat d’engagement” au locataire, qui doit notamment “se rendre à toutes les convocations” mais aussi mettre en oeuvre des démarches pour retrouver un logement, avec l’aide des travailleurs sociaux, explique la cheffe de service, Carine Piccininno.
Un “travail sur les raisons du passage à l’acte, de la violence” est notamment réalisé via des groupes de parole et un “accompagnement très individualisé”, poursuit-elle. “Ça fait quand même du bien de pouvoir discuter avec quelqu’un”, reconnaît Alexandre.
Ce bénéficiaire du Revenu de solidarité active (RSA) a, en parallèle, suivi une formation pour reprendre une activité professionnelle.
La location de l’appartement lui coûte un dixième de ses revenus, soit 55 euros par mois.
Le dispositif, pensé d’abord pour “la sécurité des victimes” de violences conjugales, selon M. Partouche, est financé par l’argent confisqué aux trafiquants de drogue via la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).
Son coût est évalué à 32.500 euros par an, comprenant le loyer ainsi que le temps de travailleurs sociaux consacré à la prise en charge de la personne hébergée.
A la suite du Grenelle des violences conjugales, une trentaine de centres de prise en charge des auteurs (CPCA), eux financés par l’Etat, ont été créés, notamment à Nancy et à Strasbourg, mais pas en Moselle, retrace M. Partouche.
C’est pour cette raison que le tribunal de Thionville et l’AEA ont décidé de créer cet appartement thérapeutique.
En France, quelque 272.400 victimes de violences conjugales, en très grande majorité des femmes, ont été enregistrées en 2024, selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur.