
On l’appelle parfois, avec un raccourci un peu brutal, “l’embellisseur de morts”. Lui préfère parler de dignité rendue. “Ma satisfaction, c’est quand les familles reconnaissent leur défunt, parfois même lui trouvent quelques années de moins”, sourit Matthieu Colasante. En un an et demi, le jeune professionnel a déjà réalisé près de 800 soins de conservation.
Il exerce dans les laboratoires des pompes funèbres, les morgues hospitalières et les Ehpad de Meurthe-et-Moselle, de la Meuse et de la Moselle. La société pour laquelle il travaille est basée à Morhange, mais ses interventions l’amènent à couvrir une large partie du nord-est lorrain.
Formé puis embauché au sein de l’entreprise de Serge Kientz, thanatopracteur du Grand Est depuis plus de 35 ans, Matthieu Colasante n’a pas tardé à trouver sa place. “J’ai toujours été attiré par le domaine du funéraire. C’est un métier qui demande une profonde humanité et un grand respect des défunts”, explique-t-il après avoir passé un concours national.
Dans les faits, la profession exige une polyvalence totale. “Il faut être un couteau suisse”, résume-t-il. Coiffure, barbe, ongles, habillage, maquillage pour corriger les stigmates de la maladie ou les effets post-mortem : la préparation esthétique s’ajoute au travail de conservation, bien en amont.
Le soin de conservation vise à ralentir l’altération du corps pendant le temps du recueillement, parfois sur plusieurs jours. Le thanatopracteur injecte un fluide conservateur par les voies artérielles tout en retirant les fluides biologiques. “La peau devient plus lumineuse, les traits plus apaisés”, décrit le Longovicien.
Dans certains cas, notamment après une mort violente ou traumatique, une restauration plus poussée est nécessaire. Cire, latex, silicone : des techniques empruntées à l’art restauratif. “En résumé, on répare les morts”, glisse-t-il, sans détour.

Le véritable défi reste l’exigence permanente. “Quand un cas est compliqué mais que le résultat est au rendez-vous, c’est très gratifiant. On apprend toute sa carrière” , confie-t-il. Un métier éprouvant physiquement et psychologiquement : côtoyer la mort chaque jour rappelle, accessoirement, qu’elle concerne aussi les vivants.
Certaines situations marquent durablement. La prise en charge d’un enfant, d’abord. “Tout change : doses, pression, débit. Les artères sont plus fines, plus fragiles. " Ou encore sa première restauration faciale en autonomie, après un grave accident de la route. “Il fallait un résultat, malgré une putréfaction rapide. On ajuste, on multiplie les points d’injection, on improvise avec méthode. “
Un métier de l’ombre, rarement raconté, mais essentiel.