Pollueurs sans frontièresDes déchets luxembourgeois retrouvés à Audun-le-Tiche

Romain Van Dyck
Des citoyens de cette commune frontalière viennent de nettoyer un dépôt sauvage en forêt. Certains déchets avaient clairement une origine luxembourgeoise. Le maire nous répond.
Un membre du collectif
Un membre du collectif
© Romain Van Dyck

Des pneus, des pots de peinture, divers produits chimiques, de la plomberie, des pièces automobiles, des cartons, des planches... et puis un premier indice: un gros tas de tuiles en ardoises. Pas vraiment le genre de toiture typique dans la région. La seconde trouvaille est plus flagrante: le nom d’une société du bâtiment domiciliée dans le sud du Luxembourg...

Gautier Berera, créateur du “Collectif citoyen : j’aime ma forêt” à Audun-le-Tiche, dit avoir contacté cette société luxembourgeoise, qui se serait dédouanée en accusant l’un de ses employés. “Difficile de savoir quel est le vrai coupable”, s’interroge Gautier.

Alors que nous marchons parmi les déchets, on nous montre cette fois-ci un bout de plastique avec le nom d’un fournisseur de matériaux du BTP, domicilié lui aussi au Luxembourg. “Avec cette société-là, cela va être plus difficile de porter plainte, car c’est un fournisseur, donc les déchets peuvent provenir de n’importe lequel de leurs clients” soupire Gautier.

“ILS N’HABITENT PAS LÀ DE TOUTE FAÇON”

Ils étaient une vingtaine de bénévoles, dimanche 1er septembre, à nettoyer ainsi un chemin communal d’Audun-le-Tiche. C’est dans cette forêt située près de la rue Saint-Michel, non loin du stade Pierre Fauchère, que des pollueurs ont vidé leurs déchets à l’abri des regards indiscrets.

Alors Gautier et d’autres membres du collectif ont lancé un appel à l’aide: “Depuis plusieurs mois, nos forêts sont envahies par les déchets qui s’amoncellent devant nos yeux. Nous ne pouvions pas rester les bras croisés. Nous avons donc décidé de nous réunir afin de rendre nos forêts plus propres” peut-on lire sur la page Facebook du collectif.

Parmi les bénévoles présents ce dimanche, Monique Boumédine, une figure bien connue à Audun. Elle est écœurée: “Quand j’étais petite, j’allais souvent me promener ici, mais jamais tu ne voyais ça! Aujourd’hui, les gens déchargent n’importe où, ils s’en fichent. Ils n’habitent pas là de toute façon.

UN SENTIMENT D’IMPUNITÉ?

Un papa est venu avec sa jeune fille, “pour la sensibiliser. C’est déplorable, on voit de plus en plus de ces casses sauvages”, explique ce cycliste qui se balade souvent dans le coin. Une adolescente nous dit être “dégoûtée par tout ça. Je ne comprends pas, ces pneus, ce bois, on peut les mettre à la déchetterie pourtant”.

La question de la provenance des déchets revient sur le tapis: “Les adresses qu’on a trouvé étaient toutes du Luxembourg” affirme Gautier. "Oui, mais il ne faut pas faire de généralité, il y a des pollueurs locaux aussi qui ne se gênent pas” précise une habitante.

La colère monte. L’impunité des pollueurs est dénoncée. “On nous dit qu’il faut prendre les gens en flagrant-délit, que nos indices ne représentent pas des preuves. Mais on aimerait que les autorités portent plainte” dit une femme. Un homme réagit: “le maire d’Aumetz (NDLR: une commune voisine) a trouvé une adresse, l’enquête a abouti et les pollueurs l’ont payé cher. On espère que ça va être pareil à Audun!

LE MAIRE D’AUDUN NOUS RÉPOND

Contacté cette semaine, Lucien Piovano, le maire d’Audun, félicite l’”excellente initiative” de ce collectif, qu’il a d’ailleurs soutenu en fournissant gants et sacs poubelle. Il a également demandé aux services municipaux d’enlever les déchets triés par les bénévoles. “Personnellement, je n’étais pas au courant de cette déchetterie sauvage, mais on me dit qu’elle était là depuis un moment déjà. Je le déplore car j’ai bien passé la consigne à mes services d’être réactifs, car les déchets appellent les déchets” déplore-t-il.

Une plainte a-t-elle été déposée contre les entreprises visées? “Mes services de police municipale ont fait le nécessaire, par contre je ne peux pas vous dire où ils en sont, si la plainte est déjà déposée, si quelque chose est en route avec la gendarmerie nationale…” Il ajoute: “ensuite, je ne sais pas comment cela va être traité par le tribunal puisque qu’il s’agit d’une question transfrontalière».

Il donne un exemple: “Un jour, je faisais un tour dans la ville lorsqu’on a surpris un monsieur qui déversait des gravats. Il a dû tout remballer. On lui a dit qu’il y avait une déchetterie. C’était quelqu’un d’origine étrangère, donc il ne savait peut-être pas comment s’organiser pour se débarrasser de ces gravats”. Malgré ce flagrant-délit, cette personne n’a pourtant pas été inquiétée: “Je pense qu’un rapport a été fait par la police, mais je ne pense pas que la personne ait été sanctionnée. Quand c’est transfrontalier, je crois que c’est très compliqué pour obtenir des sanctions” insiste-t-il.

LES POLLUEURS ONT-ILS DES EXCUSES?

Reste la sempiternelle question: pourquoi ces déchets n’ont-ils pas atterri dans une vraie déchetterie? Au Luxembourg comme en France, certaines limites posées par les centres de recyclage (volume maximal de déchets, horaires contraignants, etc.) sont parfois pointées du doigt. Pas de quoi excuser les pollueurs, s’emporte le maire : “Il y a toujours une meilleure solution que de déverser les déchets dans la nature. Ce n’est pas acceptable, ça!

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