
Pendant que le Luxembourg se questionne sur son attractivité, des centaines de personnes espèrent “juste trouver un travail”. Ce mardi 20 janvier, la Fedil Employment Services (la FES, ndlr), qui regroupe la majorité des entreprises d’intérim du Grand-Duché, organisait son salon “Spécial Luxembourg” à Yutz.
Comme en septembre, l’événement a fait le plein : plus de 1.800 personnes ont fait le déplacement pour rencontrer les entreprises d’intérim et déposer un CV en espérant trouver un poste disponible. “Nous avons un vrai rôle de tremplin vers l’emploi” assure Marc Lebrun, président de la FES. Durant l’année 2025, les entreprises de la Fedil Employment Services ont créé 1.800 emplois en CDD ou en CDI. “Et 5.000 personnes ont reçu une formation grâce à un fonds de Fonds de formation sectoriel pour l’intérim en 2024", alimenté par les entreprises, annonce Yann Le Jaudet, conseiller formation au fonds FSI.
Si 3.500 jobs sont à pourvoir au Grand-Duché, côté lorrain, l’envie de trouver un travail est bien présente. C’est le cas d’Asli, 35 ans, dont le parcours professionnel a été marqué par une “longue pause” pour élever ses enfants. “Maintenant qu’ils vont à l’école, je peux m’y remettre.” Passée par des postes d’assistante administrative, elle préférerait retourner travailler au Luxembourg, qui sonne comme une évidence pour cette habitante d’Audun-le-Tiche. “Je suis juste à côté et si je peux être payée plus qu’en France...” glisse-t-elle.
Anthony a lui tenté sa chance des deux côtés de la frontière. Spécialisé dans le courtage pour le secteur de l’immobilier, il a travaillé à son compte en France puis au Luxembourg. Mais le ralentissement du marché immobilier après la crise du coronavirus a eu raison de son activité. Il a pu en profiter pour voyager un peu, un de ses plaisirs dans la vie, mais désormais, le travail l’appelle.
Âgé d’une cinquantaine d’années, Franck est lui dans une situation inédite . Après avoir “passé toute sa carrière au Luxembourg ou à l’étranger”, sans avoir eu l’occasion ni le besoin de travailler en France, un piratage informatique a mis son ancien employeur à genoux. Des dizaines d’emploi ont été perdus, dont celui de Franck. Motivé à l’idée de continuer au Luxembourg, où il estime “qu’on vous donne les outils pour faire correctement votre travail”, cet expert en informatique se veut combatif et motivé. Malgré les embûches récentes et quitte à devoir prendre un poste pour lequel il serait surqualifié. “Mais le monde du travail a bien changé en 15 ans” souffle-t-il, CV en main, prêt à se faire une place pour poursuivre sa carrière.

Du côté de la Fedil Employment Services, on se félicite de ce nouveau rendez-vous réussi. Le 10e déjà. Il y avait certes un peu d’attente pour enfin échanger avec les équipes des entreprises d’intérim, mais c’est bien la preuve que les emplois attirent du monde. “C’est important pour nous d’être ici, nous devons rencontrer les actifs là où ils sont” explique Roxanne Ugolini, chargée de projets à la FES. “Nous avons fait quatre salons importants au Luxembourg, et il y en a deux par an ici à Yutz. L’objectif reste de faire connaître nos emplois” rappelle-t-elle, confirmant que les deux prochaines éditions du salon lorrain sont déjà en préparation pour septembre 2026 et janvier 2027.
La rencontre avec les entreprises d’intérim, c’est un peu le nerf de la guerre pour des centaines de Mosellans et Meurthe-et-Mosellans. “S’il y a un salon, je viens” confirme Maxime, arrivé d’Augny, au sud de Metz. Spécialisé dans le dessin industriel, la route ne lui fait pas peur. À 21 ans, Simon, installé à Yutz, veut lui profiter de la proximité géographique du Luxembourg. Le jeune homme vise spécifiquement un emploi à l’étranger, où il sait qu’il pourra “gagner plus qu’en France”. Avec son BTS de support aux actions managériales et deux stages déjà menés au Grand-Duché, il sait où il met les pieds.
La situation parfois difficile de certains secteurs d’activités français met met du monde en difficulté. C’est de le cas de Benaouda. À 20 ans, il s’est rendu à Yutz accompagné de plusieurs camarades. Tout juste sorti d’école, il est catégorique sur le manque d’emplois : “On n’arrive pas à trouver.” Alors qu’il se dit “prêt à tout prendre” en évoquant les postes qui pourraient l’intéresser.
Le constat est similaire pour Lola, remontée de Pont-à-Mousson pour l’occasion. Diplômée d’un master dans le domaine des ressources humaines, elle constate que le secteur “est bouché” autour de chez elle et voit dans ce salon de l’intérim l’occasion “d’élargir ses recherches”. À 25 ans, sa vision est claire : si elle veut “juste avoir un travail”, elle s’investira et se sent prête à déménager plus près de la frontière pour peu qu’une offre sérieuse se présente.
Laly, 19 ans, titulaire d’un bac pro en vente, n’y va pas par quatre chemins : “Avoir un boulot, ce serait vraiment bien.” Et quoi de mieux que le Luxembourg, car “au niveau des sous, c’est plus intéressant”. Mais elle juge surtout que l’ambiance de travail et les moyens sont meilleurs au Grand-Duché. “On y travaille plus qu’en France, les attentes sont plus élevées, on ne s’ennuie pas.” Largement suffisant pour compenser les déplacements à assumer, même si depuis Audun-le-Roman, c’est très rapide : “En 25 min, on est à Esch-sur-Alzette.”
Financièrement et professionnellement, le Luxembourg a beau être perçu comme un pays d’espoir, il peut aussi apporter son lot d’incertitudes et désillusions. Au stand de la Maison du Luxembourg, ce ne sont pas des emplois mais de l’information que l’on propose aux visiteurs. “Le Luxembourg amène beaucoup de questions pour les travailleurs” embraye Isabelle Lan, la directrice. “Des questions sur la retraite, les impôts, sur les allocations familiales... Et évidemment, sur la réglementation au Luxembourg.”
Le constat est partagé du côté de l’association Frontaliers Grand Est. Alice Raguccia, juriste, confirme que même pour les travailleurs qui ont déjà eu une expérience au Luxembourg, certaines questions reviennent inlassablement. “Sur le thème des retraites, ils sont encore nombreux à évoquer le fameux minimum de 10 ans à effectuer au Luxembourg.” Une fausse vérité que nous avions déjà évoqué ici. “Les allocations familiales et l’obligation de déclarer ses impôts sont également des sujets récurrents.”
Certains travailleurs “ne connaissent pas du tout” ce marché du travail si différent de la France, ajoute Isabelle Lan. “Pour eux, c’est l’eldorado mais il y a beaucoup de choses à connaître. C’est le moment de rappeler que derrière votre emploi, il y a des éléments qui vont impacter votre vie professionnelle et personnelle.” Reste qu’en à peine dix ans, le nombre de frontaliers français au Luxembourg a augmenté de près de 50%. Et malgré un ralentissement de l’emploi dans le pays, tout porte à croire que le Luxembourg va continuer à recruter massivement au-delà de ses frontières.