
“Je le dis sans langue de bois: on sent une vraie dynamique. Je vous mets ma main à couper qu’on va faire des scores énormes!”, prédit Alexandre Loubet, l’un des quatre députés RN (sur neuf au total) du département, lui-même candidat à Saint-Avold (15.000 habitants), en troisième position.
L’arithmétique électorale a de quoi rendre optimiste le parti de Jordan Bardella. A Hayange (16.000 habitants), seule commune RN du département, Fabien Engelmann, maire depuis 2014, paraît bien placé pour obtenir un troisième mandat. Et à Freyming-Merlebach (13.000 habitants), Stiring-Wendel (11.000) ou Petite-Roselle (6.000), le RN a raflé plus de 50% des voix au second tour des législatives, en 2024.
“C’est une terre qui vote beaucoup RN car il y a des thématiques qui nous concernent: le pouvoir d’achat, la désindustrialisation, la sécurité”, énumère le député Loubet.
A Saint-Avold, le candidat RN Hervé Simon quadrille les rues pour se présenter personnellement à chaque électeur. “Il n’y a pas du tout d’animosité envers notre parti, partout l’accueil est très chaleureux”, se réjouit l’ancien gendarme.
“Ici, le RN n’a jamais été le diable. En tout cas, je ne le ressens pas comme ça. Et les gens qui veulent voter pour nous ne s’en cachent pas du tout”, assure M. Simon.
En deux heures de porte-à-porte avec l’équipe de campagne, l’AFP n’a vu qu’un seul électeur refuser le tract du candidat. Le plus souvent, l’accueil est favorable et certains habitants en profitent pour faire part de leurs doléances.
Sophie, 40 ans, qui a “toujours voté pour le RN”, se désole que son enfant handicapé n’ait pas de place à l’école dans une classe spécialisée. “Je vais en parler au député”, lui répond la tête de liste.
Dans ce quartier résidentiel, où nombre de maisons sont équipées de caméras de surveillance, beaucoup évoquent leur crainte des cambriolages. La sécurité est un thème de campagne important pour le RN, “mais pas uniquement”, souligne M. Simon, qui parle également “cantines, loisirs, revitalisation du commerce ou des associations”.
Dans ce territoire “pas très riche”, la question “centrale” est celle du pouvoir d’achat, observe Sébastien Michon, chercheur en sociologie politique à Strasbourg. Face à “une forme de désespérance”, le RN peut apparaître comme un dernier recours et a donc “de bonnes chances de figurer au second tour” dans de nombreuses villes, voire de “l’emporter” dans certaines. La formation pourrait ainsi faire de la Moselle, à l’instar du Pas-de-Calais, un de ses bastions sur le long terme.
Pour Christian Porta, qui conduit une liste de “gauche anticapitaliste” à Saint-Avold, ce sont les errements, selon lui, de la gauche à l’époque de François Hollande, notamment lors de la fermeture des hauts fourneaux de Florange, qui ont poussé les ouvriers vers l’extrême droite. “On rame pour les faire revenir à gauche”, soupire le syndicaliste, qui assume de faire campagne “à contre-courant” en prônant le désarmement de la police municipale.
A droite, les candidats fustigent eux les “fausses promesses” du RN. “Ils disent qu’ils feront mieux et moins cher mais ils ne vous disent jamais comment”, ironise le maire sortant de Stiring-Wendel, Yves Ludwig, confronté à un duel avec le RN.
“Ils promettent tout et n’importe quoi”, s’agace René Steiner, maire de Saint-Avold, pour qui le RN “tisse sa toile” et vise “non pas à gérer la ville mais à avoir des grands élus” et donc plus tard des sénateurs.
A Creutzwald comme ailleurs, le RN propose d’augmenter massivement les effectifs de la police municipale. “On est pourtant très loin d’être le Bronx”, s’étonne Salvatore Fioretto, à la tête d’une liste divers droite et qui dénonce une proposition “irréaliste” sur le plan financier.
Cheval de bataille habituel du RN, l’immigration n’est guère évoquée car “ce n’est pas le sujet majeur” aux municipales, concède Xavier Cerveau, candidat à Creutzwald. L’insécurité, en revanche, est un thème central pour les électeurs, assure-t-il, confiant face à des adversaires “en décalage avec la réalité”.