
Dans un espace de 9 m2 prévu normalement pour deux, les nerfs des détenus sont mis à rude épreuve.
"C'est invivable, on est en train de crever", lâche l'un d'eux, âgé de de 26 ans, de la place en hauteur des deux lits superposés, au pied desquels a été posé un matelas pour le troisième occupant.
Mêmes protestations de la part d'un autre condamné logé aussi au premier étage de cet établissement de la fin du XIXe siècle (aucune identité de prisonnier ne peut être divulguée).

"C'est horrible, inhumain ! A trois, à plus de 40 degrés dans les cellules, on vit un calvaire", déclare cet homme de 44 ans en tirant nerveusement sur sa cigarette roulée.
Cette visite dans le monde carcéral était programmée de longue date, avant l'épisode météo extrême qu'a connu une grande partie de l'Europe. Elle a pris une autre dimension avec un thermomètre dépassant allègrement les 30°C dehors.
Rares sont les détenus acceptant de se livrer, beaucoup ne maîtrisent pas ou mal le français.
Ceux qui parlent disent presque tous se "marcher dessus" en cellule et souffrir d'une chaleur suffocante. La fenêtre peut rester ouverte mais ne garantit pas le courant d'air.

Les échanges ont lieu à l'heure où les portes des cellules s'ouvrent pour la distribution du repas, un moment très attendu.
Une serviette éponge autour du cou, le prisonnier qui est au travail derrière le chariot servant le repas chaud essuie régulièrement son front humide de transpiration, comme un sportif en plein effort.
Quant aux surveillants interrogés, ils reconnaissent que les fortes chaleurs mettent encore plus sous tension un environnement humain compliqué par nature.
"Quand on a chaud, on a du mal à réfléchir, à se tempérer", dit Julien Faessel, le responsable de l'aile psychiatrique.
"Ici les détenus sont calmes malgré tout. Il y a de temps en temps des échauffourées mais ça se règle, on discute", positive son collègue Christophe Tichon.

Ce surveillant aux presque 30 années de service, qui a vécu la rénovation complète de la maison d'arrêt en 2022, considère l'établissement "préservé" par rapport à d'autres où "la pression est énorme".
Ce jour de fin juin, le compteur des repas à distribuer affiche 247, soit le nombre précis des prisonniers, pour 220 places en théorie. Il y a une douzaine de matelas au sol, occupés par moins de 5% des détenus.
Au niveau national, l'Administration pénitentiaire (AP) recense plus de 600 matelas utilisés dans ses 39 établissements, un chiffre qui a doublé depuis 2025, quand les juges ont dû mettre à exécution les courtes peines d'emprisonnement.

"L'argument politique, c'était qu'il fallait cesser le sentiment d'impunité. La surpopulation existait déjà, elle s'est installée, cela a été le grain de sable", explique Valérie Lebrun, la directrice de la prison de Namur.
"Avant, il y avait deux ou trois matelas au sol ici. Depuis juin 2025, je ne suis jamais descendue en dessous de dix", ajoute-t-elle.
A entendre les surveillants, cette surpopulation complique tous les mouvements des détenus (préau, douche, salle de visite), qui prennent davantage de temps et sont plus risqués en termes de sécurité.

Valérie Lebrun pointe du doigt plusieurs raisons structurelles, comme le désinvestissement dans le soutien aux toxicomanes et dans la santé mentale, qui conduit en prison des gens "d'abord malades" avant d'être délinquants.
Signe du malaise, le directeur de la méga-prison de Haren a démissionné il y a un mois en raison de la dégradation des conditions de travail. Cet établissement était pourtant décrit par les autorités judiciaires comme un modèle de modernité à son inauguration en 2022. Son responsable va prendre la direction d'une autre prison, a assuré l'AP.