
Eric Thill était l’invité de l’émission Background sur RTL le 11 avril. Il y a notamment été question des problèmes liés au système de climatisation de l’exposition. Lors de l’entretien, Eric Thill a expliqué que “différentes valeurs critiques avaient été dépassées à des moments très brefs. Voilà. En ce sens, ce n’est pas particulièrement grave lorsque ces valeurs critiques ne sont pas dépassées sur une longue période. C'était le cas ici. Cela s’est produit. Il y a eu des minutes durant lesquelles cette valeur critique a été dépassée. Et évidemment, nous réfléchissons maintenant à la manière d’éviter que cela ne se reproduise.”
Le ministre de la Culture avait poursuivi : “Je transmets les informations que j’ai reçues de mes experts du CNA. En tant que ministre de la Culture, je ne suis ni technicien-chauffagiste ni spécialiste des systèmes de climatisation. Voilà ce que je peux vous dire aujourd’hui.”
Dans sa réponse à une question parlementaire des députés CSV Stéphanie Weydert et Jean‑Paul Schaaf, le ministre avait expliqué début mars que “lors de la maintenance du système de climatisation en juillet 2025, il a été constaté que l’un des deux compresseurs de l’installation CVC était défectueux et irréparable. Le 25 juillet 2025, quatre déshumidificateurs supplémentaires ont été installés afin de stabiliser davantage l’hygrométrie, et un monitoring renforcé a été mis en place pour pouvoir documenter et analyser directement toute fluctuation.”
Le 11 mars, le ministre s'est rendu en compagnie du directeur du CNA, Gilles Zeimet, devant la commission de la Culture de la Chambre. Cette réunion n’a pas été retransmise en direct en raison d’un problème technique. C’est toutefois à cette occasion que le directeur du CNA avait déclaré que les valeurs critiques n’avaient été dépassées que pendant quelques jours, comme l’explique Marc Baum, député de déi Lénk : “Lors de cette séance de la commission, il a affirmé qu’il n’y avait eu qu’un léger dépassement des valeurs pendant huit jours.” Gilles Zeimet se référait alors à une moyenne calculée sur l’ensemble des salles d’exposition.

Mais quelles sont au juste les directives en matière de conservation des photos ? L'été, la température dans les salles de l’exposition doit être de 20 degrés et l’humidité relative de 50 %. L'hiver, la température doit être de 18 degrés. Des variations de température d’un degré vers le haut ou vers le bas sur une période de 24 heures sont autorisées. L’humidité de l’air peut varier de cinq points de pourcentage vers le haut ou vers le bas sur 24 heures. Dans les salles d'exposition, tant la température que l’humidité sont mesurées en permanence, jour et nuit, et consignées toutes les demi-heures. Dans certaines salles, il existe même de multiples points de mesure.
Entre‑temps, RTL a pu contrôler elle-même les mesures effectuées dans l’exposition de juin 2025 à mars 2026 inclus : des centaines de milliers de valeurs*. L’évaluation de ces données livre une version différente de celle présentée à la Chambre par le directeur du CNA, Gilles Zeimet. Certes, lorsque l’on considère la moyenne de l’ensemble des salles, les limites n’ont effectivement été dépassées que pendant quelques jours. Mais cette moyenne ne dit rien, ou pire, elle masque la situation réelle dans les différentes salles, et donc les conditions auxquelles les photos ont réellement été exposées. Dans ces salles individuelles, des dépassements parfois importants des limites ont été constatés, et ce sur des périodes prolongées. Selon nos calculs, il n’existe presque aucune salle de l’exposition dans laquelle les seuils n’ont pas été dépassés, même lorsque nous prenons la moyenne des capteurs d’une même salle, comme le montre le graphique 1.
Dans la salle 0607, l’humidité de l’air a, par exemple dépassé, la limite supérieure pendant 95 jours (graphique 3). Dans cet espace, des pics supérieurs à 70 % d’humidité relative ont été enregistrés régulièrement. Le 25 juillet, jour où, selon le ministre, les déshumidificateurs ont été installés dans l’exposition, le taux est monté à près de 80 % avant midi (graphique 2). Des conditions quasi tropicales, et c’est là que réside le problème : à un tel niveau d’humidité, la gélatine des photographies se gondole, ou bien des moisissures peuvent se former.
Autre exemple : la salle 10 en juillet dernier. Le point 6 y indique, pendant plusieurs jours, un taux d’humidité qui ne redescend plus en dessous du seuil maximum (graphique 4). À partir du 13 juillet, il reste supérieur à 55 % jusqu’au 18 juillet, avant de chuter brusquement pendant quelques heures. Un schéma qui se répète les jours suivants. Or, des variations brusques sont également néfastes pour les photographies, car elles accélèrent l’usure du matériau.
Mais l’exploitation des données montre également qu’il y a eu des problèmes au niveau des mesures. Il arrive que les capteurs affichent exactement les mêmes valeurs pendant des heures, comme par exemple dans la salle 3, où le capteur est resté bloqué à partir de 10 h du matin (illustration 5). Un indice que quelque chose n’allait pas et qu’à ce moment‑là, aucun contrôle des conditions n’était assuré.

Dans l’ensemble, il apparaît toutefois que les conditions ont été mesurées de manière constante. Et dès le mois de juin, des dérapages considérables étaient constatés dans plusieurs salles. La question porte donc plutôt sur la manière dont ces données ont été exploitées et contrôlées.
L’analyse montre en tout cas sans ambiguïté qu'il ne peut être question de prétendre que les seuils n’auraient été dépassés que pendant des “minutes”, comme l’avait affirmé Eric Thill dans l’émission Background. Le Tageblatt était d’ailleurs déjà parvenu à cette conclusion la semaine dernière.

Le ministre disposait pourtant très certainement de ces données avant de se rendre à l’émission Background. Marc Baum les avait demandées au ministère par le biais d’une demande d’accès aux documents et les avait obtenues du ministère avant l’émission. Le ministère avait donc lui aussi la possibilité d’analyser ces données, tout comme les journalistes ou le député Marc Baum. Après avoir pu consulter les relevés, celui‑ci a déclaré à RTL :
“ Une conclusion s’impose en tout cas pour nous : après une première analyse des données que nous avons reçues, qui sont extrêmement nombreuses, ce qui est toutefois positif, il apparaît que le directeur du CNA n’a pas dit la vérité lors de la réunion de la commission que nous avons eue la dernière fois.”
C’est pourquoi les élus déi Lénk avaient demandé la tenue d’une nouvelle réunion de la commission de la Culture sur le sujet. Elle a eu lieu mercredi après‑midi à 14 heures.
*RTL a analysé les données à l’aide de Claude AI, mais tous les résultats ont été vérifiés par les rédacteurs sur la base des données brutes.