
Face à un secteur audiovisuel de plus en plus prolifique et de plus en plus gourmand, et pour répondre à une demande d’augmenter le budget, le Premier ministre qui est aussi ministre des Médias et de la Communication, avait commandé un audit.
Le cabinet Value Associates s’est attelé à la tâche l’année dernière et a produit un rapport qui, depuis un an est resté lettre morte, n’a été ni présenté, ni débattu. Le document relève notamment des conflits d’intérêts, un manque de transparence et une concentration excessive du pouvoir entre les mains du directeur, Guy Daleiden.
La rallonge budgétaire a cependant été accordée, le budget annuel du Fonds de soutien à l’audiovisuel (généralement appelé Film Fund en anglais ou Filmfong en luxembourgeois) étant passé de 34 à 41 millions cette année.
En titrant “une opinion globalement favorable allant de pair avec plusieurs recommandations, l’audit de Value Associate pointe certains aspects positifs du fonctionnement du Film Fund.
Cela n’empêche pas le cabinet d’audit de pointer des dysfonctionnements et d’établir des recommendations.
>> Le rapport d’audit dans son intégralité <<
Tout en soulignant qu’”aucune observation soulevée ne comporte un caractère majeur”, le réviseur soulève plusieurs problèmes.
Le nombre de productions audiovisuelles - ainsi que le nombre de sociétés de production et le coût par film - n’a fait que croître depuis l’existence des aides. Mais parallèlement, les films attirent de moins en mois de visiteurs. Ainsi, 3,5 résidents sur 100 regardent un film luxembourgeois au moins une fois par an.

Et les vues moyennes par film baissent également pour osciller à 2.700 vue par film sur la période (de 1980 à aujourd’hui. Ce qui cache mal que 30% des productions génèrent 90% des vues.

Le manque de données précises quant aux retombées économiques et sociales - souvent citées comme justifiant le budget des aides - est également critiqué par le rapport d’audit. "La mesure des retombées économiques est un sujet complexe. Ni les acteurs du secteur, ni le Film Fund, ni le Statec n’ont pu fournir des données corroborant la thèse de retombées fortes et d’effets multiplicateurs élevés.”
Le rapport d’audit estime que “des 127 millions d’euros investis en AFS depuis la loi de 2014, environ 30,5 millions reviennent directement à l’Etat sous formes d’impôts et charges sociales” auxquels s’ajoute la TVA pour environ 7,6 millions d’euros. La dépense nette serait de 70% du montant des aides, soit 89 millions. Un brin provocant, le texte dit encore “un arrêt des AFS engendrerait des dépenses d’un ordre similaire sous forme d’allocations de chômage.”
L’audit regrette que les aides soient concentrées sur la production et non sur la promotion et la distribution. Il dénonce ainsi le problème du “Production Push": Le producteur semble produire indépendamment de la demande de marché et de la consommation réelle. Une fois le projet terminé, il encaisse sa marge indépendamment du succès.”
Au fur et à mesure des chapitres, le rapport de Value Associates donne des pistes d’amélioration du fonctionnement du Film Fund, dans sa stratégie, ses procédures, ses modes d’évaluation et de suivi.
Finalement, le rapport en appelle aussi à la responsabilité politique pour mettre en place une stratégie globale qui se donnent des lignes directrices quant aux bénéficiaires souhaitables, qui lie le budget à la taille du secteur définie par le nombre d’emplois souhaités et surtout qui crée un cadre plus exigeant pour favoriser une secteur plus ambitieux. “Soutenir davantage les productions qui ont une chance réelle de créer un impact au Luxembourg ou à l’étranger.”
Cette “stratégie macro” aurait pu commencer au début 2019 pour une mise en application un an plus tard. Le rapport ayant été largement oublié, on n’est pas plus loin qu’il y a un an quand il a été publié.