
Pour mieux comprendre les causes, les solutions et les avancées médicales dans ce domaine, nous avons rencontré le Dr Nathan Wirtzfeld, urologue au CHL. Dans cette session de questions-réponses, il nous éclaire sur ces difficultés encore trop souvent passées sous silence et sur les prises en charge possibles pour retrouver confort et sérénité.
Le confort urinaire, c’est pouvoir uriner sans douleur, sans urgence ni fuites et sans être obligé d’aller trop souvent aux toilettes, de jour comme de nuit. Simple en apparence, cela a pourtant un impact énorme sur le quotidien.
C’est un sujet tabou, car intime. On y parle de vessie, de prostate ou de sexualité, et beaucoup hésitent à en discuter même avec leur médecin… alors qu’il existe des solutions. C’est dommage…

Les différences sont d’ abord anatomiques:
- Chez la femme, l’urètre est plus court, ce qui favorise l’ascension des bactéries et explique la fréquence des infections urinaires;
- Chez l’homme, la prostate entoure l’urètre et grossit avec l’âge, ce qui peut gêner l’évacuation de la vessie: jet plus faible, réveils nocturnes, sensation de ne pas bien vider sa vessie.
Les différences sont aussi hormonales:
- Chez la femme, les œstrogènes protègent les tissus urinaires. À la ménopause, leur baisse rend la muqueuse urinaire plus fragile et sensible, favorisant infections et irritations;
- Chez l’homme, la testostérone, et en particulier sa transformation endihydrotestostérone (DHT), favorise la croissance progressive de la prostate avec l’âge, ce qui peut provoquer des symptômes urinaires.
D’ autres facteurs entrent également en jeu, comme les aspects mécaniques ou périnéaux:
- Chez la femme, la grossesse, l’accouchement et le post-partum sollicitent le périnée, ce qui peut provoquer des fuites urinaires ou un prolapsus (descente ou affaissement d’un organe);
- Chez l’homme, le périnée est généralement moins fragilisé, sauf dans certaines situations, comme par exemple après ablation de la prostate pour cancer.
Quels sont les troubles urinaires les plus fréquents que vous rencontrez en consultation ?
• Chez la femme, les infections urinaires sont très fréquentes, ainsi que l’hyperactivité vésicale (envies urgentes et fréquentes d’uriner). Les fuites urinaires qui peuvent survenir à l’effort ou êtres liées à l’urgence sont également un motif fréquent en consultation;
• Chez l’homme, on rencontre surtout les troubles urinaires liés à la croissance de la prostate.
Les calculs urinaires et l’hématurie (présence de sang dans les urines, visible ou détectée à l’analyse) sont des motifs de consultation très réguliers et peuvent toucher les deux sexes.
L’anatomie joue un rôle clé: l’urètre féminin est cinq à six fois plus court que celui des hommes et se situe près du vagin et du périnée, ce qui facilite l’entrée des bactéries dans la vessie. La baisse des œstrogènes à la ménopause qui fragilise les tissus urinaires, les rapports sexuels et certains produits d’hygiène trop agressifs peuvent également favoriser les infections urinaires en modifiant la flore vaginale, ce qui favorise la survie de bactéries responsables des infections urinaires (telle que E. Coli)
À partir de 50 ans, parfois un peu plus tôt, la prostate peut grossir, entraînant deux types de symptômes:
• Symptômes obstructifs: jet urinaire plus faible, nécessité de pousser pour uriner, sensation de ne pas vider complètement sa vessie;
• Symptômes irritatifs: envies fréquentes d’uriner pendant la journée (parfois toutes les heures), réveils nocturnes fréquents, urgences urinaires qui peuvent obliger à s’arrêter en voiture, par exemple.
Ces symptômes ne sont pas graves en soi, mais dès qu’ils commencent à gêner la vie quotidienne, il est conseillé de consulter un urologue.
Les signaux d’alerte à ne jamais négliger incluent la présence de sang dans les urines, les infections urinaires à répétition (trois par an ou deux sur six mois), les fuites urinaires, ainsi qu’un jet urinaire plus faible ou un blocage complet. Des douleurs lombaires peuvent également survenir, parfois liées à des calculs urinaires.
Dans un premier temps, il est important de réaliser un bon examen clinique, complété par des examens simples que le médecin généraliste peut prescrire: analyse d’urine, prise de sang, échographie des reins et de la vessie. Ces examens permettent déjà au médecin généraliste de diagnostiquer et de prendre en charge une partie des pathologies urologiques les plus fréquentes. En cas d’orientation vers une consultation d’urologie, ils constituent une première étape du bilan et facilitent la suite de l’évaluation. Parmi les examens simples et accessibles en consultation d’urologie, on trouve également la débitmétrie, qui mesure la force et la qualité du jet urinaire, et l’échographie de la vessie, qui permet d’évaluer le résidu post-mictionnel, c’est-à-dire la quantité d’urine restant dans la vessie après la miction. Si nécessaire, l’urologue peut réaliser une cystoscopie sous anesthésie locale: une petite caméra permet d’observer l’intérieur de la vessie de manière confortable pour le patient.
Il existe de nombreux traitements, mais on commence toujours par des solutions simples, basées sur des mesures comportementales:
• Boire suffisamment d’eau sans excès;
• Éviter les irritants de la vessie comme l’alcool, le café, le thé ou les aliments très épicés;
• Ne pas se retenir trop longtemps d’uriner;
• Prévenir les troubles du transit intestinal (constipation ou diarrhée);
• Uriner après les rapports sexuels pour réduire le risque d’infections;
• Arrêter de fumer;
• La rééducation périnéale chez un kinésithérapeute est également très efficace;
• Des médicaments peuvent agir sur la prostate ou la vessie pour soulager les symptômes;
• Si les symptômes persistent, des options plus avancées sont possibles: injections de Botox dans la vessie ou neuromodulation du nerf tibial postérieur (petit bracelet porté à la cheville qui calme la vessie par stimulation électrique);
• En dernier recours et dans certaines indications bien précises, la chirurgie peut être envisagée: par exemple pour les hommes, chirurgie de l’adénome de prostate; pour les femmes, pose d’une bandelette sous-urétrale pour traiter les fuites urinaires à l’effort.
Oui, absolument. La rééducation périnéale est utile aussi bien chez la femme que chez l’homme.
Chez la femme, elle aide à renforcer le périnée en cas de fuites urinaires, de sensations d’urgence, ou après les grossesses et l’accouchement, périodes où le périnée est naturellement plus fragilisé.
Chez l’homme, la rééducation est particulièrement bénéfique en cas de fuites urinaires, de troubles d’urgence ou après ablation chirurgicale de la prostate.
C’est une approche naturelle, non invasive, qui améliore significativement le contrôle urinaire et la qualité de vie.