"Elle a gardé son chien 48 heures"Derrière ses grilles, l'asile raconte des destins d'animaux

Maurice Fick
Des logements de plus en plus petits, l'inflation, une maladie... Parfois inattendues, de multiples raisons font que des animaux se retrouvent à l'asile de Schifflange. Et pas seulement des chats et des chiens.
© Maurice Fick / RTL

Ministre ou bénévole, toute âme qui s'approche de son enclos est accueillie d'emblée en amie, par Moa. Le Mastiff de 49 kilos invite qui veut, à partager son ballon crevé. "Il aime jouer, être caressé, il est tellement adorable ce chien", sourit Sacha André.

Le président de l'Association pour la protection des animaux Schifflange (APAS), qui gère l'asile pour animaux, raconte comment Moa a été débarqué à l'asile, il y a trois ans: "Il est arrivé avec Tequila, un Staffordshire bull terrier. Tout deux ont été placés après avoir été retirés par le Parquet à leur propriétaire". Deux chiens qui figurent sur la liste des chiens susceptibles d'être dangereux au Luxembourg.

L'ennui, c'est que "ça a duré presque deux ans avant que que le jugement ne tombe: la personne n'avait plus le droit de garder les chiens". Avec l'autorisation ministérielle, Tequila a trouvé une nouvelle famille la semaine dernière. Moa attend toujours. "Il a 8 ans maintenant. Je ne veux pas que les animaux restent à l'asile pour mourir. Sa vocation est, au contraire, de leur donner une deuxième chance".

Une cage plus loin, un autre numéro remue de la queue. C'est Ulisses. "C'est un abandon récent", glisse le patron des lieux en haussant les sourcils. Le chien a tout juste neuf mois. Mais "c'est un Épagneul breton, donc un chien de chasse. Ce qui signifie un chien assez actif qui a besoin de courir beaucoup, de se promener". Sa deuxième chance serait de trouver "une famille qui dispose d'un grand jardin et qui a le temps de le sortir", souligne Sacha André.

Caché dans la verdure à deux pas de l'immense giratoire qui ouvre sur la collectrice du sud, l'asile pour animaux de Schifflange accueille nos amis à quatre pattes abandonnés, retrouvés en pleine nature ou retirés à leur propriétaire pour maltraitance. Sa mission est de leur donner un refuge, le temps de trouver une nouvelle famille d'adoption. Entre janvier et mai "nous avons déjà accueilli 120 animaux cette année. C'est une moyenne basse au vu des années précédentes", rapporte Sacha André.

La très grande majorité des pensionnaires, près de 80%, sont des chats. Suivent les chiens qui restent, en général, beaucoup plus longtemps. Parfois arrive un cochon d'Inde. La surprise en ce début 2024, c'est le nombre de lapins nains accueillis. Un phénomène nouveau que les responsables de l'asile n'expliquent pas pour le moment.

Les raisons pour lesquelles tous ces animaux sont accueillis par Jennifer, Élodie et Clarisse, les trois responsables du site, et une petite dizaines de bénévoles très réguliers, sont multiples. Régulièrement il s'agit de chats égarés que des personnes rapportent afin de retrouver leur propriétaire. "Parfois la puce le permet. Sinon on cherche via Facebook en postant une photo", explique M. André.

De nombreux pensionnaires ont été abandonnés par leur propriétaires. Ils ne peuvent plus garder l'animal "pour des raisons financières. Avec l'inflation ils n'ont plus l'argent pour tout payer et pour en prendre soin", constate Sacha André ces derniers temps. D'autres "perdent leur travail ou leur logement".

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Le président de l'APAS explique aussi certains abandons, notamment de chiens de grande taille, par le manque de place: "Les logements deviennent de plus en plus petits au Luxembourg", fait-il remarquer. Les allergies et maladies expliquent aussi l'arrivée de chiens et de chats à l'asile pour animaux.

Et puis, il y a ceux qui ne réfléchissent pas. Le "cas le plus grave" vécu par par Sacha André est celui d'"une femme qui a appelé alors qu'elle avait gardé son chien 48 heures! C'était un jeune chien qui demandait beaucoup d'attention. Nous avons trouvé une bonne famille", bien plus patiente.

"Parfois, c'est difficile. On est confronté à des histoires graves", glisse-t-il. Celles qui "touchent", ce sont ces histoires d'animaux maltraités liées à des histoires humaines compliquées. Il cite l'exemple d'un cas de syllogomanie d'animaux découverte au Luxembourg par les policiers, suite à un décès.

Des cas de maltraitance animale "ne sont que découverts par hasard" et contrairement aux apparences, "ce n'est pas de la mauvaise volonté", sait Sacha André avec quatorze ans d'expérience. "Des personnes aiment les animaux, mais n'arrivent pas à gérer la situation". Autant de situations qui montrent combien les destins des animaux sont liés à ceux de leurs propriétaires.

Le président de l'APAS est satisfait de la nouvelle loi sur la protection de la vie et du bien-être des animaux au Luxembourg et de l'annonce d'un "nouveau point de contact" lancé mardi par la ministre de l'Agriculture pour signaler encore plus facilement les cas de maltraitance animale. D'autant que l'asile ferme à 18h00 en semaine et reste fermé au public le week-end, même si les bénévoles s'y relaient pour nourrir, promener et s'occuper des animaux.

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