
Depuis plus de deux semaines, beaucoup tentent d'identifier les raisons pour lesquelles les Verts sont les grands perdants des dernières législatives. Le mot "multifactoriel" a une nouvelle fois été lancé dans ce contexte jeudi. A présent, la direction du parti souhaite se pencher sur le passé afin d’en tirer des leçons pour l’avenir.
"Nous avons perdu le lien avec la base", dit Sam Tanson. Lors des deux élections de cette année, nous avions trop la tête dans le guidon. Mais maintenant nous voulons faire un travail intensif auprès des membres. Un feed-back est collecté auprès de ceux-ci via un questionnaire. Mais il y a au moins une nouvelle positive pour les Verts. "Chaque semaine, de nouveaux membres nous rejoignent", se réjouit la coprésidente du parti, Djuna Bernard. Ils en sont à plus de 1.200. Outre l'analyse interne, une analyse externe est aussi réalisée, afin de dresser le bilan des cinq dernières années au gouvernement et de la campagne électorale.
Les Gréng souhaitent déjà tirer une première leçon de leur défaite électorale. Ils veulent travailler à leur communication vers l'extérieur. "Nous devons nous demander comment décortiquer des thèmes complexes, comme notamment le changement climatique, de manière à les rendre intelligibles", analyse François Bausch. Le parti a trop intellectualisé et a eu des difficultés à transmettre des contenus émotionnels pour donner envie aux électeurs. Les Gréng ne sont pas les seuls à se demander comment procéder avec cette problématique. Dans toute l'Europe, les partis verts sont confrontés au même défi.
"Il y avait une aspiration au changement, les gens voulaient un autre gouvernement", reconnaît Sam Tanson. Luc Frieden savait cependant que la situation n'était pas favorable pour les promesses qu'il a faites. Elle suppose que l'on va dire à présent que des promesses telles qu'une baisse d'impôt généralisée, seront temporairement ajournées. Mais il faut remédier immédiatement aux injustices fondamentales. Elle doute encore le nouveau gouvernement réussisse: "Quand on voit que 40% des membres de la délégation CSV aux négociations pour le logement sont actifs dans le domaine de la promotion immobilière, il faut se demander ce que cela signifie." Le problème principal du marché de l'immobilier résidentiel est qu'il n'y a pas suffisamment de construction de logements abordables. Aucun représentant de ces secteurs n'a pourtant été invité aux négociations.
François Bausch conclut encore des deux défaites que le parti a été trop solidaire au sein du gouvernement. Le DP et le LSAP ne l'ont pas toujours été. Il faut à présent faire un bilan critique, afin de trouver un meilleur équilibre.
"Peut-être avons-nous en général trop tenté de moraliser certains, plutôt que de pointer du doigt ceux qui freinent", pense François Bausch. En tout cas, dans 80% des cas, ce n'était pas la protection de la nature, qui a freiné le logement, par exemple. Souvent, c'étaient les communes. Il fait référence au projet Kuelebierg au Kirchberg, qui n'avance pas, ou au parking situé près de l'Athénée, que la Ville de Luxembourg ne veut pas céder pour y construire des logements abordables.
La prochaine étape sera les élections européennes. Elles représenteront un enjeu énorme, a affirmé le coprésident des Verts, Meris Sehovic. Là aussi, la tâche devient de plus en plus difficile pour une politique progressiste en matière de protection de l’environnement et de justice sociale.