“Dans la Grèce antique, la démocratie, c'est une battle d'aura”. Alexandre Kouchner sait trouver les bons mots pour accrocher son audience, ce jour-là les élèves de l’une des trois classes de 5e GIF (générale insertion français) du Lycée technique du Centre Kirchberg qui participent au projet Démocra’quoi. Il s'agit de la seconde édition de cette opération, co-organisée par l'Ambassade de France au Luxembourg avec Educ'ARTE et co-financée par le Parlement européen, qui se déroule du 26 au 29 octobre dans plusieurs établissements luxembourgeois.
Mardi 27 octobre, la rencontre entre les lycées et le journaliste français, fils de l’ancien médecin du monde et ministre Bernard Kouchner et de la journaliste Christine Ockrent, avait lieu au Lycée technique du Centre Kirchberg.
“Je trouve ça fascinant de voir à quel point cette génération est informée, nous a confié Alexandre Kouchner, animateur de ces ateliers. Elle a des opinions, elle est capable de les faire comprendre et de les communiquer. Je suis extrêmement rassuré quand j'entends tous ces élèves s'emparer de ces questions, qui sont des questions complexes.”
Un sentiment partagé par Karolina Markiewicz, professeure en sciences sociales au LTC Kirchberg : “Je suis très agréablement surprise, parce que je me dis que les jeunes savent beaucoup, ils le prouvent en ce moment, je pense, à travers l'Europe. Ce ne sont pas juste des jeunes lobotomisés devant leurs écrans, ils se rendent compte en fait de leur avenir et de leur ancrage actuel dans les sociétés, donc de savoir comment fonctionnent les sociétés.”
À l’heure où la jeunesse se soulève dans plusieurs pays d’Europe, ces ateliers ont beaucoup de résonance, même dans un pays stable comme le Luxembourg. En particulier au LTC Kirchberg, établissement qui a des spécificités, comme l’a rappelé Karolina Markiewicz: “La particularité de ce lycée, c'est que c 'est un lycée d'intégration, donc il y a beaucoup d'élèves qui viennent d’un peu partout, du monde entier, souvent de pays où il se passe des choses désagréables, politiquement, voire économiquement. Et donc on a beaucoup de jeunes qui sont des demandeurs de protection internationale.”
Nahom Gebrezaber, 17 ans, est originaire d'Érythrée. Il mesure à quel point la stabilité du Luxembourg est une chance : “Dans mon pays, actuellement, c'est la dictature et j'ai appris la démocratie ici au Luxembourg. J'ai grandi ici et j'ai aussi appris beaucoup de choses ici avec ma prof, madame Markiewicz.”
Armandinho Monteiro, lui, estime que “la démocratie est fragile”, quand Solange Varela avoue avoir réalisé que “le peuple a une voix et des droits”. Plus loin, Enzo Vilaça, originaire du Brésil, réalise que dans sa classe “plusieurs personnes ont des avis très différents du mien. Je trouve que c'est normal quand on est dans une démocratie”. Quant à Zina Mnasri, 15 ans, même depuis le tranquille Luxembourg, la jeune fille se sent solidaire des mouvements lycéens européens : “Quelque part, on a le même esprit.”
Au cœur de sa tournée des établissements luxembourgeois, Alexandre Kouchner se félicite de la vitalité de cette jeunesse : “Je crois que ce qui est fascinant, c 'est de se dire que partout en Europe, au moment où nous parlons, à Milan, à Porto, à Lisbonne, à Madrid, à Paris, il y a toute une génération qui explique qu'il faudrait peut -être une mise à jour de notre contrat social.”
Outre le LTC Kirchberg, les établissements participant à Démocra’quoi sont l'École privée Fieldgen, Lënster Lycée, L'École de Commerce et de Gestion, le Lycée Aline Mayrisch, l'École Internationale Gaston Thorn, l'École Sainte-Sophie, l'École Internationale Differdange et d'Esch-sur-Alzette (EIDE).